jeudi 24 novembre 2011

LES GÎTES DU PASSANT, LES GÎTES DU RESTANT

«Certains propriétaires ou locataires transforment leurs appartements locatifs en gîtes ou en résidences de tourisme pour les louer à court terme. Quand on fait cela de façon systématique, à l’année longue, on prive un locataire d’occuper ce logement-là, De plus, les gens de passage ne sont pas des voisins avec lesquels tu peux établir des relations. Ça tue le tissu social. La Ville de Montréal devrait se doter de lois et règlements pour pincer les illégaux».
Luc Ferrandez, journal Le Plateau, 16 novembre 2011.

Pas mal, l'analyse du maire du Plateau, vous trouvez pas? Un gîte du passant illégal, c'est un locataire qui est détroussé d'un logement. En plus, c'est un voisin inconnu avec lequel on ne pourra jamais établir de relations. Avouez que ça fait mal quand on a à cœur l'occupation du territoire sur un mode de quartiers et de villages.

C'est drôle, mais il n'est pas le seul à voir les choses de cette façon. Dans le Mile-End et à Outremont, pas mal de monde pense exactement comme lui... à l'égard des lieux de culte illégaux.

Chaque fois qu'un appartement locatif est débaptisé au profit d'un Dieu, ÇA TUE LE TISSU SOCIAL. Vous en voulez une preuve patente?


Pendant des années, une petite famille a vécu paisiblement au 2e étage du 5253 Hutchison.

Une maman originaire de France, un conjoint québécois anglophone et un petit garçon qui ne demandait pas mieux que de partager le balcon avec le chat, une guitare et le soleil d'après-midi.



Il aura fallu que les administrateurs de la synagogue First Mesifta Hutchison qui o
ccupait le rez-de-chaussée obtiennent un permis sous de fausses représentations pour que la famille ne soit expulsée de son logement.



Le 1er avril 2007, frigo et cuisinière se sont retrouvés sur le trottoir. Suivront planche à repasser, aspirateur, boîtes de vaisselle, vêtements, plantes empotées, poubelles et
... souvenirs!





Depuis 2008, d'innombrables plaintes ont été portées au chef de la division des Permis et inspections du Plateau Mont-Royal. Inspecteurs et élus ont été alertés autant comme autant, mais rien n'a jamais bougé. Était-ce parce que ce lieu de culte appartenait à la puissante famille Rosenberg? N'en déplaise au conseiller de Ville du Mile-End, Alex Norris, la question se pose. Et comment!


Regardez un peu cette photo de la synagogue du 5253 Hutchison qui dispense maintenant ses cours religieux jusque dans l'appartement du 2e étage et dites-nous, sans rire, que ça ne tue pas le tissus social!



Mais maintenant qu'on connaît les principes qui guident le maire du Plateau, l'espoir renaît. On se dit qu'il va certainement bouger sur le dossier du faux logement d'un rabbin fantôme.

Ce sera d'autant plus facile que, contrairement au cas des gîtes du passant illégaux, il n'aura pas à demander à la Ville de Montréal de se doter de lois et règlements pour expulser les illégaux du 2e étage du 5253 Hutchison. En cette matière, la législation n'attend plus que quelqu'un se donne la peine de l'appliquer. C'est pas beau, ça?

Et si certaines personnes dans l'entourage du maire Ferrandez lui conseillent de faire le mort comme l'ont fait les administrations du Plateau et d'Outremont, qu'elles sachent seulement que les citoyens ne lâchent pas toujours le morceau facilement. Vous voulez encore un exemple?

Lundi, mardi et mercredi (oui, oui, cette semaine!), se tient le procès de M. Pinchos Freund au palais de Justice de Montréal.

En 1980, ce
résidant de la rue Bloomfield avait illégalement transformé un duplex résidentiel en un lieu de prière. Il violait ainsi l'article 3.5 du règlement Numéro 1044-1 de la Ville d'Outremont.

Imaginez.
Ça fait 30 ans que les autorités municipales ferment les yeux. Comme les autres, l'ancien maire Harbour et son héritière, Marie Cinq-Mars, ont tout fait pour que le dossier soit oublié dans un placard.

C'était sans compter sur la détermination des citoyens. C'est vrai, il en aura fallu des périodes de questions houleuses aux assemblées du conseil d'arrondissement d'Outremont avant que les citoyens viennent à bout de l'entêtement de la mairesse et qu'elle ne dise enfin: «Lorsqu'il y a mauvais usage d'un endroit, il faut se conformer. Les règlements sont les mêmes pour tout le monde. On va vivre en harmonie si tout le monde suit les mêmes règles.»
(Voir La Presse, 9 mai 2009) Bon gré, mal gré, le dossier a toujours bien fini par se retrouver entre les mains de la justice.

Oh! bien sûr, on ne va pas crier victoire trop vite, d'autant que Cinq-Mars n'a pas pris de chances.
À la séance du conseil de l'arrondissement du 6 septembre dernier, elle a fait adopter un projet de règlement qui fait en sorte que les élus pourront accorder une dérogation de zonage à qui souhaiterait construire, modifier ou d'occuper un immeuble sur un terrain où le zonage l'interdit actuellement.

Est-ce à dire que si le tribunal décrétait la fermeture de la synagogue illégale du 1030-1032 Saint-Viateur, Marie Cinq-Mars se servirait de son nouveau projet de règlement pour émasculer le jugement? Le 6 septembre 2011, la mairesse ne s'en est même pas caché:
« La synagogue du 1030 - 1032 pourrait faire l'objet d'un changement d'usage. » Avouez que ça tranche avec sa déclaration du 9 mai 2009.

Mais des tours de passe-passe, nous en avons vu d'autres. Et tout comme le Plateau ne souhaite pas de gîtes du Passant illégaux, nous n'accepterons pas les gîtes du
Restant clandestins sur nos rues résidentielles.

Au fait, Mme Cinq-Mars, pas plus tard que samedi dernier, il est venu à nos oreilles que la résidence située au 411 Wiseman servait de synagogue. Après vérification sur le site Web iMasoret, nous nous sommes aperçu que ce n'était pas seulement une rumeur.


Le jour du Sabbat, les fidèles se rendent à cette adresse et s'y engouffrent par la porte de garage.

Ci-contre, deux dévots y débarquant entre chien et loup.

Nous avons bien peur, madame la mairesse, que votre tout nouveau règlement pour distribuer des dérogations de zonage aux illégaux va rouler comme une planche à billets.
Espérons que vous ne pèterez pas votre budget d'encre.

samedi 12 novembre 2011

LE ZÈLE MODULÉ

« C’est incroyable ce qu’on a fait à notre pays depuis 30 ans... J'ai été en Gaspésie quand j’avais 16 ans. À partir de Trois-Pistoles, t’avais l’impression d’une terre battue par la mer et par le vent. Maintenant, s’tie, c’est une succession de p’tites maisons que t’aurais pu trouver à Terrebonne, à Laval qui se sont installées sur cette côte-là. Comment ça se fait qu’on n’a pas protégé plus que ça?... On a abandonné notre mode d’occupation du territoire qui était un mode de quartiers et de villages... Il y a dix ans, [ Gilles] Duceppe avait sorti un petit document donnant les 100 raisons pour construire le Québec. Il n’y en avait pas une qui faisait référence au pays physique. C’était la langue, l’emploi, les relations fédérales-provinciales, les juridictions. Je suis allé le voir et lui ai dit : M. Duceppe, voulez-vous construire un pays sur Internet? Y’est où le pays physique dans votre affaire? Quand est-ce que vous parlez de paysage, d’aménagement du territoire, de la façon de vivre dans les quartiers?»

Luc Ferrandez, en vedette dans le film République, un abécédaire populaire
Dans sa chronique de samedi, c'était au tour de Foglia de décrire l'endroit où il avait donné rendez-vous à trois jeunes slamers: «[ Au métro Angrignon] prenez le boulevard Newman jusqu'au boulevard Dollar, pas loin y'a un café, me souviens plus de son nom, mais vous ne pouvez pas vous tromper il est dans la cour d'un magasin de vitres d'autos, y'a aussi un Jean Coutu pas loin, combien on parie que ce Jean Coutu-là bat les records des ventes d'antidépresseurs de toutes les pharmacies de toute l'Amérique du Nord?»

Les promenades de la Cathédrale, rue Sainte-Catherine


Non seulement les architectes ne pourront pas contredire le maire Ferrandez lorsqu'il affirme qu'il n’y a pas d’endroits au Québec où tu peux rouler pendant une heure et dire que tu trouves ça beau, mais ils devront admettre que Ferrandez est très très gentil. Une heure en bagnole? Ben voyons donc. On n'est même pas capable de faire 5 minutes à vélo ou 15 minutes à pieds à Montréal sans rencontrer des horreurs monumentales.
Mile-End: Immeuble de Rosdev photographié depuis le stationnement du Home Depot de la rue Beaubien.
Entendons-nous. Il y a de très beaux immeubles dans la métropole, mais ils sont si parcimonieusement parsemés le long de nos rues «asphaltées» qu'il faut choisir les tronçons de rues pour ouvrir les yeux et apprécier le paysage bâti.

On a le droit de fantasmer, mais ce n'est pas demain que Montréal pourra rivaliser avec Barcelone ou même Milan.
La promenade (à vélo) de la cathédrale de Milan
Évidemment, c'est assez cochon de comparer la «Catherine» avec le centre historique d'une grande ville européenne. On n'est pas dans les mêmes ligues.



Aussi, plutôt que de jouer à la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf, contentons-nous de prendre des bouchées raisonnables
. Pensons, par exemple, à la pub qui pollue nos espaces publics.
Projet Montréal a pris l'engagement de réduire la pollution visuelle dans nos milieux de vie. Alex Norris, conseiller de la Ville pour le Mile-End a déjà dans sa mire les envahissants panneaux publicitaires extérieurs juchés sur nos toits.



Immense pub de Twin Set vue depuis le toit de la cathédrale de Milan.




Pub sociétale incitant à l'utilisation du transport en commun, aux coins de Fairmount et avenue du Parc. Norris fera-t-il une exception pour celle affiche qui fait la promotion d'une valeur qui lui tient à cœur?



En septembre 2010,
le spartiate conseiller de Projet Montréal s'était donné un an pour les démanteler du territoire de son arrondissement. Ça aurait certainement fait du bien à nos cerveaux déjà massivement irradiés par le bombardement d'images de surconsommation. Mais ne nous faisons pas d'illusions. Plus de 14 mois plus tard, on peut encore dire que ce n'est pas demain que notre ciel sera déclaré «No pub's land», car les publicitaires n'ont pas l'intention de le laisser démanteler leurs échafaudages sans réagir.
En attendant la fin de ce bras de fer, Alex Norris a choisi de sévir au ras des pâquerettes.
Le 12 août dernier, M. Norris écrivait une lettre aux propriétaires du nouveau A & W
qui allait bientôt ouvrir ses portes au coin des rues Saint-Denis et Mont-Royal.

Éminemment sensible au raffinement et à l'esthétique dans son arrondissement,
le conseiller y dénonçait «la laideur et le mauvais goût de l'enseigne commerciale temporaire» du commerce de restauration rapide. Norris terminait sa lettre en ces termes: «Si vous êtes absolument déterminés à vous installer dans notre quartier, je vous prie de le faire de façon plus respectueuse de nos citoyens et de notre architecture patrimoniale.» Et vlan! Quelle jouissance de voir un élu dire sa façon de penser à un illettré du design qui ose enduire ses vitrines d'une pellicule orange Crush.

C'est qu'il n'a pas froid aux yeux, notre ami Norris. Que ce
franchisé ait souhaité soustraire aux yeux des passants les travaux de rénovation jusqu'au jour de l'ouverture ou qu'il ait prévu boucher ses vitrines pour de bon, ça ne semblait faire aucune différence aux yeux du conseiller de ville. Même le fait que la réglementation municipale ne lui donnait aucune autorité pour intervenir (c'est l'arrondissement qui me l'a confirmé), Alex avait décidé de lui passer un savon et de le réprimander vertement.
Un excès de zèle, non seulement on peut comprendre ça de la part d'un être passionné qui souhaite ce qu'il y a de mieux pour ses électeurs, mais on peut même l'applaudir. Ce qui est un peu plus difficile à accepter, c'est de voir ce même élu donner franchement l'impression que son zèle est modulé selon l'estime qu'il a (ou n'a pas) pour le commerçant ou le propriétaire fautif.

Il est où le conseiller Norris lorsque des
intégristes investissent tantôt légalement, tantôt illégalement des immeubles du Mile-End sans agir de façon respectueuse de ses citoyens et de notre architecture?

On aimerait bien ça mettre la main sur des
communiqués publiés sur le site de son parti où Alex s'adresserait avec autant d'intensité et de détermination à l'égard des Aaron Drazin, Michael Rosenberg et autres propriétaires des immeubles des communautés hassidiques qui font preuve d'une bien plus grande insouciance et de beaucoup moins de respect des citoyens que le franchisé du A & W de la rue Saint-Denis. Ce dernier, au moins, ne donnait pas à ses vitrines une allure de taudis en décrépitude.

Mais peut-être est-ce trop demander. Après tout, le retour sur investissement électoral du proprio de A&W ne fait pas le poids avec celui que peut offrir une secte d'intégristes religieux.


Depuis près de cinq ans, les vitrines de l'ancien restaurant La Grand-Mère Poule sont tapissées de papier kraft sans qu'Alex Norris ne s'insurge.








Quelqu'un peut-il se risquer à nous dire depuis combien d'années la synagogue (officiellement centre communautaire hassidique) au coin de Van Horne et Parc nous fait bénéficier de ses vitrines crados sans soulever l'indignation d'Alex Norris?







Sur l'avenue du Parc, un local aussi ragoutant que sans permis pendant une longue période.








Avouez que c'est chic et respectueux des résidents de la rue Jeanne-Mance.




Peut-être que je devrais inviter Alex à m'accompagner au cinéma du Parc, le 19 novembre. On y présentera Urbanized, le film de Gary Hustwit qui traite de l'organisation des villes et de leurs problèmes. Alex, si tu veux, on s'arrangera pour y aller avant Gérald Tremblay. It's a deal?


dimanche 6 novembre 2011

LE TUNNEL CLANDESTIN, VERSION BOBOV

Le 19 juin 2011, à 19 h 10, le greffier de l'arrondissement du Plateau déclarait que les opposants à l'agrandissement de la synagogue Bobov du 5363 Hutchison avaient gagné le référendum. Après une saga de trois ans, nous allions enfin pouvoir passer à autre chose.
Mais, de toute évidence, l'issue du vote est restée comme une arête en travers de la gorge des autorités hassidiques.
Jeudi dernier, près de 150 jours après le vote, même Michael Rosenberg, le nabab de la communauté hassidique d'Outremont, n'a pas pu résister à l'envie de qualifier le geste des opposants à l'agrandissement de la synagogue de «purely anti-Semitic». Il s'en est confié au McGill Daily, le journal étudiant de l'Université McGill dont la devise est ironiquement NOT KOSHER FOR 100 YEARS (cliquer ici pour lire l'article du McGill Daily qui se penche sur mon cas).


Déjà, lors de la Journée des bons voisins 2011 qui s'est tenue
sur la rue Saint-Viateur, le 18 septembre dernier, Mayer Feig, le lobbyiste hassidique avait établi son campement sur la rue aménagée pour accueillir des activités de yoga, danse, réparation de vélos, groupes de musique et expositions d'art public.

Mayer Feig à son kiosque, en compagnie de Leila Marshy et Kathryn Harvey qui ont reçu l'appui indéfectible d'Alex Norris, conseiller de ville pour Projet Montréal (cliquer sur l'image pour voir quelques photos de sympathisants à leur table)

Installé sous une tente, au coin des rues Saint-Viateur et Jeanne-Mance, le lobbyiste professionnel n'était pas là pour initier les résidents du coin à l'entraînante musique klezmer. Un mois après sa défaite référendaire, il s'affairait toujours à sonner la charge.


Avec l'aide de quelques coreligionnaires et de ses deux nouvelles «amies de la rue Hutchison» qui constituent sa garde prétorienne, Mayer Feig distribuait le même dépliant truffé de faussetés et de contrevérités qu'il avait fait concocter avant le référendum dans l'espoir d'écraser les adversaires de son projet d'agrandissement.

De la part de Leila Marshy et Kathryn Harvey, le geste apparaissait d'autant plus paradoxal que quelques jours avant le vote référendaire, les deux porte-étendard de ce nouveau groupuscule s'étaient fait les apôtres de l'harmonie planétaire et de l'amour infini sur leur page Facebook:

«
I hope, no matter the outcome of Sunday's vote, that we (all of us - Hassidim, non Hassidim, francophone, anglophone) can get together. Not to debate, not to argue, not to convince one side or the other. But to share a drink, a laugh, and some good conversation»?

On repassera pour ces vœux pieux et à cet appel à se faire des
«guili guili» avec un abat-jour sur la tête
!

Mayer Feig encourageant Leila Marshy pour son bon travail sur la page Facebook de Friends of Hutchison Street.


Voilà un mouvement qui semble aussi spontané que celui des syndiqués qui, à «l'invitation» de la FTQ, quittaient les chantiers de construction, la semaine dernière.

Cliquer sur l'image

Pendant que Mayer Feig roulait des yeux doux sur la rue Saint-Viateur dans l'espoir de gagner à sa cause la sympathie de «bons voisins», d'autres résidents qui refusaient de se mettre la tête dans le sable, ont plutôt recouru à la Loi sur l'accès à l'information.

L'effort n'a pas été vain, car dans les dossiers du service des inspections du Plateau Mont-Royal, nous avons déterré un document digne d'intérêt.

Dans ce fameux document (cliquer icipour en prendre connaissance — voir page 6), nous avons appris qu'en septembre 2001, M. Jacob Spira, un membre de la communauté hassidique qui réside au 5355 Hutchison, s'est fait prendre par des inspecteurs à creuser un passage reliant son immeuble au duplex du 5361 Hutchison qui, quel hasard, est collé à la synagogue de toutes les controverses.

Lors de la séance d'information publique tenue le 29 avril 2010 par l'arrondissement du Plateau Mont-Royal à propos de cette demande de dérogation de zonage, nous ne savions pas que des propriétaires hassidiques étaient déjà passés à l'acte en reliant clandestinement deux des trois duplex mitoyens de la synagogue. Cela ne nous avait pas empêchés, ce soir-là, de faire part de nos craintes en ce sens, puisque le scénario s'était déjà produit à différentes reprises dans le quartier. Pensons aux cas patents de la synagogue du
5344 Jeanne-Mance et suivants (cinq duplex avaient été reliés, puis transformées en une seule méga synagogue) et de la synagogue du 5555 Hutchison dont un passage secret reliait au dortoir illégal du 5569-5571 Hutchison.


La stratégie des petits pas utilisée par les autorités ultraorthodoxes ne semble pas être à la veille de tomber en désuétude. Regarder, par exemple ce qui vient de se passer aux triplex portant les adresses civiques
5896 à 5906 avenue du Parc. C'est ce même Jacob Spira, notre spécialiste en passages souterrains, qui vient de les relier par le sous-sol pour en faire ce qui semble être devenu une grande synagogue. Cette fois, les autorités hassidiques ont baptisé le projet «centre communautaire» afin, probablement, de contourner le zonage qui, à cet endroit, interdit l'établissement de lieux de culte. Futées, hein?

Forts de cette nouvelle révélation des activités «minières» autour de la synagogue Bobov du 5363 Hutchison, vous comprendrez, qu'à nos yeux, les propos «rassurants» des Feig, Rosenberg et autres autorités ultraorthodoxes ne sont pas, mais vraiment pas parole d'évangile.

En passant, quelqu'un est-il en mesure de nous expliquer pourquoi, à quelques exceptions près, les «amis de la rue Hutchison» sont tous des Friends of Hutchison Street
? Pour un Thérien ou un Karabineris, on y retrouve presque exclusivement des Marshy, Harvey, Norris, Feig, Pollak, Cooper, Feldman, Kirk, Leve, Kasirer, Daley, Rogers, Stevens, Blackmore, Conlin, Smith, Silberman, Katz, Malbranck, Keesal, Milo, Stoker Leighton, Moser, Boro, Dolgin, Keesal, Louder, Ones, Gregor-Pearse, de Boer, Danger, Morgenstern, Jenny, McKenna et Hornby. C'est certainement le fruit du hasard.



jeudi 27 octobre 2011

LES RELATIONS CONTRE-NATURE

La semaine dernière, j'ai proposé à certaines personnes la lecture d'un livre intitulé Theocratic Democracy. Il s'agit d'un bouquin publié il y a un an par Nachman Ben-Yehuda, professeur au département de sociologie et d'anthropologie de l'Université hébraïque de Jérusalem. Celui-ci y fait l'inventaire des comportements aberrants de membres de la secte hassidique qui ont été rapportés par les médias israéliens au fil des 50 dernières années.

Mal m'en prit, car je m'adressais à un petit noyau de résidents anglophones de la rue Hutchison qui a choisi Facebook pour prendre fait et cause pour les gestes et revendications hassidiques du quartier. En prenant connaissance de ma suggestion de lecture, la principale instigatrice de la page Facebook m'a rabroué: "If you want to discuss conditions in Israel, do so on your blog only. There is no need to pull in situations that have no relevance to what concerns us in Mile End."

Oh! Pardon. Est-ce à dire que certains problèmes issus de l’observance du hassidisme à Jérusalem n'ont rien en commun avec ceux que l'on peut observer à Montréal? Cela signifie-t-il, par exemple, que si nous souhaitions commenter ou critiquer certaines pratiques des catholiques romains qui auraient un impact sur notre vie privée ou dans l'espace public, nous ne pourrions invoquer ces problèmes parce qu'ils émanent du Saint-Siège? Hum!

Si je comprends bien la logique de ma voisine, la distance entre Montréal et Jérusalem fait en sorte que nous ne pourrions pas parler des pratiques religieuses hassidiques qui forcent la ségrégation sexuelle dans les universités israéliennes. (visionner la vidéo incluse dans le PDF)

Nous tairions
aussi le fait qu'à Jérusalem, les organisateurs de la Gay Pride sont régulièrement harcelés par les ultraorthodoxes et doivent engager des gardes du corps.



Nous ne devrions pas non plus évoquer le fait qu'au Mur des Lamentations, des femmes se font arrêter (visionner la vidéo) pour avoir osé porter un châle de prière et d'avoir tenu une Torah dans leurs mains?

Pas question non plus de faire allusion à la discrimination faite aux femmes sur plusieurs lignes de transport en commun de Jérusalem? (visionner la vidéo)

Ci-contre, manifestation contre les autobus ségrégués de Jérusalem



Oublions donc Jérusalem. Maintenant,
Dear neighbours, dites-moi...
Est-ce que New York est encore trop loin du Mile-End pour qu'il nous soit possible d'évoquer certains exemples peu reluisants de la conception que les ultraorthodoxes ont des femmes et des homosexuels? Après tout, à quelques heures de voiture de Montréal, les hassidim forment une phratrie d'un quart de millions de personnes et la plupart de ceux qui vivent dans nos quartiers y ont leur maison mère.

Le 18 octobre dernier, la ségrégation des sexes en vigueur dans les autobus publics de la ligne B110 de Brooklyn a fait scandale à New York et un peu partout dans le monde. La Presse s'en est même indignée, sous la plume de Richard Hétu.








Quelques jours plus tôt, soit le 7 octobre 2011, une autre histoire de discrimination avait fait la manchette sur la chaîne américaine ABC.

Cette fois, la controverse a été soulevée à la suite de l'apparition de plusieurs affiches dans les rues de Brooklyn. Ces panneaux en yiddish, rivés à des arbres, demandaient aux femmes de se pousser lorsqu'un homme s'approchait sur le trottoir. Cette directive n'a pas choqué que les femmes hassidiques.
(visionner le reportage d'ABC)









Le même jour, à moins de 30 minutes de New York, un autre reportage de la chaîne ABC rapportait l'histoire d'une grande enseigne de «bienvenue» plantée à l'entrée de la ville de Kiryas Joel.

Rédigée en anglais et en espagnol sur ordre des autorités de cette municipalité-ghetto de 22,000 hassidim, l'enseigne rappelle à qui veut s'y aventurer qu'il faut porter jupe longue, avoir le cou et les bras couverts au moins jusqu'aux coudes et respecter la sacro-sainte séparation des sexes. (visionner le reportage).

Tous ces excès de pudeur affectant les droits des femmes ne sont pas apparus subitement ce mois-ci chez nos plus proches voisins.

À titre d'exemple, souvenez-vous de la guerre contre une piste cyclable menée par une secte hassidique de Brooklyn au motif que la vue des femmes en shorts et T-shirt leur était «hormonalement» insupportable. Cet incident nous avait, lui aussi, valu un reportage sur la chaîne LCN. (visionner le reportage).

Pour être honnête, reconnaissons qu'il n'y a pas que les femmes qui sont visées par les dogmes ultraconservateurs des hassidim. Les gais aussi sont conspués. Et pas seulement en Israël.

Aux États-Unis, sérieux comme un pape, un rabbin ultraorthodoxe a affirmé dans une vidéo que ce sont les mariages gais qui provoquent les tremblements de terre

Certains politiciens très mal dégrossis se servent même du fait que les autorités hassidiques sont révulsés par l'homosexualité pour tenter de se faire du capital politique et engranger des votes.

En octobre 2010, par exemple, ce fut le cas de Carl Paladino, candidat républicain à la gouvernance de l'État de New York.

Devant une brochette de dirigeants hassidiques de New York, le très controversé politicien de droite n'a eu aucune gêne à leur dire devant caméras qu'il ne veut pas «qu'on fasse croire à nos enfants que
l'homosexualité est une option valide». (visionner la vidéo)

Faut-il en rajouter pour se convaincre qu'on ne peut pas laisser les intégristes, tous les intégristes d'où qu'ils proviennent, dicter leurs lois rétrogrades et discriminatoires? Doit-on permettre à nos élus de se prosterner devant des revendicateurs sectaires? Peut-on les laisser adopter des dérogations qui sapent peu à peu les valeurs démocratiques et laïques que nous nous sommes donné tant de mal à élaborer?

Avez-vous oublié que ce sont les dirigeants hassidiques d'Outremont qui ont forcé la main de nos autorités municipales
pour interdire les maillots de bain dans nos parcs publics à la fin des années 1980? Que ce sont encore eux qui ont exigé de Pierre A. Chapuis, le directeur d'Outremont, qu'il fasse retirer
d'innocentes Vénus aux seins de béton (voir pages 6 et 7 du Mémoire présenté à la commission Bouchard-Taylor) qui ornaient la terrasse du café Le Figaro, au coin des rues Fairmount et Hutchison? Vous souvenez-vous de cette lettre ouverte du 1er août 2001 où Mme Annie Chélin, une résidente de la rue Hutchison avait décrier le fait qu'une femme hassidique lui avait reproché de porter des vêtements sans manches lorsqu'elle passait devant une synagogue? Ce sont aussi les dirigeants de la fameuse synagogue bobov du 5363 Hutchison qui ont tenté de faire accepter aux autorités du Plateau le saccage de la façade de leur synagogue pour y percer une deuxième porte qui permettrait de séparer les hommes des femmes.

Maintenant, je vous le demande: qu'est ce qui peut bien pousser quelques uns de nos voisins et voisines à avaliser les revendications d'intégristes sectaires tout en opposant une fin de non recevoir catégorique et hargneuse aux nombreuses doléances que plusieurs autres citoyens veulent exprimer? Le phénomène est d'autant plus étonnant que certaines de ces personnes qui se portent au secours des intégristes sont des féministes engagées qui, dans certains cas, assument en toute légitimité leur homosexualité.

Il est de ces relations contre-nature qui dépassent l'entendement.

samedi 22 octobre 2011

THE FIDDLER ON THE ROOF

Ces dernières années, une forêt d'antennes de télécommunication a surgi sur le territoire montréalais. Devant une telle prolifération anarchique dans les milieux résidentiels, près des écoles, sur les églises et ailleurs sur le domaine public et privé, de plus en plus de voix se sont élevées. L'esthétisme, l'impact sur le paysage, la sécurité et les risques potentiels des ondes émises par de telles antennes sont au cœur du questionnement.

En 2010, le conseil municipal de la Ville de Montréal a adopté une résolution demandant la formation d'un comité chargé de proposer des balises pour encadrer l’installation d’antennes sur le territoire de la métropole.

Le 2 septembre 2011, l’Office de consultation publique de Montréal lançait donc une consultation publique qui devrait conduire à l'adoption d'une réglementation pour l'ensemble du territoire montréalais. C'est jeudi dernier qu'a eu lieu la dernière séance d'audition des mémoires. L’Office doit désormais digérer tout ce qu'elle a entendu et lu sur la question pour pouvoir, en fin de compte, soumettre un projet de loi.

À Outremont, en attendant l'adoption d'une réglementation, seules les autorités de l'arrondissement peuvent octroyer un permis autorisant l'installation de ces antennes-relais sur un immeuble. Sans ce permis, il est strictement interdit d'en ériger.

Cela aurait été rassurant si
les citoyens d'Outremont n'avaient appris que de telles antennes de télécommunications trônaient illégalement au-dessus d'un immeuble de la rue Bernard qui appartient à Michael Rosenberg. Un édifice qui, de surcroît, abrite une résidence pour personnes âgées.

C'est lors de la période de questions de l'assemblée publique du conseil d'arrondissement du 6 septembre dernier que le chat est sorti du sac.

Interpellée par une résidente qui s'est plainte de l'apparition d'antennes de télécommunication au cours du mois de juillet sur le toit de l'édifice du 1290, rue Bernard, la mairesse Cinq-Mars a refilé la patate chaude à son directeur intérimaire. Au micro, Pierre A. Chapuis a dû avouer que ces antennes avaient été installées illégalement sur le toit de l’immeuble Remax. Il a toutefois semblé tout fier d'ajouter que le propriétaire de l'immeuble avait reçu deux constats d'infraction pour avoir fait exécuter ces travaux sans permis.

Lorsque la citoyenne a demandé à Chapuis s'il comptait faire déboulonner ces antennes illégales, l'intérimaire directeur a montré de quel bois il se chauffait:
«L’arrondissement attend que le propriétaire agisse en conséquence».

Aussi bien dire que Michael Rosenberg, devenu en quelque sorte une espèce de fiddler on the roof, considérera que ces quelques contraventions seront le prix à payer pour obtenir le droit inaliénable d'enfreindre un autre règlement.

dimanche 9 octobre 2011

LE BAISER DE JUDAS


Le 7 octobre dernier, une communauté hassidique établie dans les Laurentides a fait la manchette. Les autorités israéliennes ont demandé à ce que deux adolescentes à peine atterries à Dorval soient rapatriées sur le champ en Israël. On craignait que le rabbin de la communauté Lev Tahor de Sainte-Agathe où elles se rendaient ne les marie contre leur gré et qu'il ne les laisse pas repartir.




À mon sens, la chose la plus spectaculaire de toute cette histoire n'est pas le fait que l'on destinait deux jeunes filles de moins de 16 ans à éventuellement convoler en noces arrangées ou forcées. Après tout, c'est un secret de Polichinelle que les garçons et les filles ultraorthodoxes que nous croisons sur nos trottoirs sont souvent expédiés à l'étranger (États-Unis, Israël ou ailleurs) pour se voir désigner l'âme sœur.

Non, ce qui saisit dans le reportage de Radio-Canada (avancer à 33e minute du téléjournal), c'est l'intervention d'Alex Werzberger.

Alex Werzberger, président de la Coalition d'organisation hassidiques d'Outremont (COHO)

Spécialiste de la désinformation et du «damage control», Werzberger n'a pas hésité une seconde à trahir ses frères de Sainte-Agathe en les qualifiant de «secte complètement en dehors de la communauté hassidique». Judas n'aurait pas fait pire.

M. Werzberger ne manque décidément pas d'air. Il est un dirigeant ultraorthodoxe et le porte-parole le plus en vue de la secte Satmar. Au cas où vous ne le sauriez pas, les intégristes Satmar, comme plusieurs autres groupes hassidiques, font partie de la Edah Haredit, une fédération de groupes fondamentalistes autonomes.

Les Satmar et les autres groupes de la Edat Haredit sont tous d'accord sur l'essentiel. Ils prônent «le rejet de la télévision, de la démocratie, du relativisme moral, de l'homosexualité, de l'égalité homme-femme, de l'évolutionnisme. Ils insistent sur la nécessité de vivre à l'écart du monde moderne, au sein de quartiers réservés (souvent appelés ghetto), sous la stricte direction de leurs rabbins, seule instance de pouvoir légitime à leurs yeux.» (Wikipedia)

Et c'est Werzberger qui voudrait nous faire croire que ses coreligionnaires fondamentalistes sont plus modérés que les disciples de la communauté Lev Tahor de Sainte-Agathe? Il peut toujours essayer de nous faire avaler ça, mais je lui souhaite bonne chance s'il tente de convaincre Nachman Ben-Yehuda.

Nachman est professeur au département de sociologie et d'anthropologie de l'Université hébraïque de Jérusalem. Il y a un peu moins d'un an, il publiait Theocratic Democraty, un livre qui fait l'inventaire des comportements déviants et aberrants de membres de la secte hassidique qui ont été rapportés par les médias au fil des 50 dernières années. En voici un tout petit extrait assez dévastateur, merci:

« Les Haredim s’efforcent d’avoir un contrôle total sur la vie de l’individu, de l’extérieur – les vêtements – à la constitution psychique intérieure, y compris les sentiments, les émotions, les perceptions et les cognitions. Cette aspiration totalitaire est le résultat d’un sentiment que le mode de vie Haredi a une emprise totale et globale sur la vérité ultime et éternelle. Ce sentiment peut procurer beaucoup de réconfort et un fort sentiment de sécurité aux croyants, mais il engendre également la suspicion, le fanatisme, le mépris et le manque de tolérance envers ce qui est différent. Il semble également accorder la permission aux agents de contrôle Haredi d’intervenir – soi-disant au nom de cette vérité transcendantale – dans chaque aspect de la vie de quelqu’un. »
(voir le texte original en anglais au bas de la chronique) 


À l'instar de Shlomo Helbrans (alias Shlomo Erez Elbarnes), le controversé rabbin de Sainte-Agathe, Alex Werzberger, est farouchement antisioniste.

Dans le reportage de la journaliste Émilie Dubreuil, on apprend que les filles de la communauté Lev Tahor de Sainte-Agathe ne reçoivent d'autre éducation que celle que leur donnent leurs mères. C'est tout à fait choquant et inadmissible, mais les jeunes Satmar de Werzberger qui prient à longueur de journée dans des écoles talmudiques du Plateau et d'Outremont sont-ils vraiment mieux lotis en matière d'éducation?

En avril 2009, plusieurs médias nous avaient appris que la communauté Satmar était non seulement la plus stricte de toutes les communautés hassidiques établies au Québec, mais qu'elle était également la dernière à refuser de se conformer aux normes du ministère de l'Éducation. Leur programme d'enseignement est strictement basé sur la Bible, le Talmud et la Mishna (compilation écrite des lois orales juives et considérée comme le premier ouvrage de littérature rabbinique).

Depuis plus d'un demi-siècle, la secte Satmar sacrifie au Québec, des milliers d'enfants sur l'autel de l'ultraorthodoxie religieuse, les estropiant socialement et les rendant inaptes à contribuer de quelque façon que ce soit au développement de la société québécoise.
 

Alex Werzberger entrant, le 5 octobre 2011, dans le dortoir illégal du 5569 Hutchison qui abritait une soixantaine d'adolescents Satmar destinés à des études presqu'exclusivement religieuses.

Ne trouvez-vous pas qu'avec un tel pedigree, M. Werzberger ferait mieux de se garder une petite gêne? Il ne nous apparaît pas particulièrement bien placé pour séparer le bon grain de l'ivraie et dénigrer ses congénères des Laurentides.Quant au professeur Pierre Anctil, interviewé dans le cadre de ce même reportage, il se prête, comme c'est souvent son habitude, au jeu du relationniste de service pour le compte des fondamentalistes hassidiques.

De toute évidence en mission télécommandée, le professeur titulaire au département d’histoire de l’Université d’Ottawa a eu la même idée que M. Werzberger: noircir les uns pour tenter de blanchir les autres.

À l'entendre, les hassidim du Plateau et d'Outremont formeraient des communautés religieuses en bonne et due forme, tandis que ceux de Sainte-Agathe ne représenteraient qu'une vulgaire secte.

Malheureusement pour l'érudit professeur et ses mandants, sa propre conception d'une secte a pour effet de faire basculer tous les groupes hassidiques dans le camp des parias.

Anctil énonce trois balises qui permettent de qualifier un groupe de sectaire.

De un, il faut qu'un «groupe [ou] une personne applique d'une manière particulière certains préceptes [religieux]».

De deux, il faut «un maître qui décide d'une doctrine qui va au-delà de ce qui est nécessaire en général dans le judaïsme».

De trois, «ce genre de comportement apparaît dans des communautés très isolées géographiquement et socialement».

À contrario, Pierre Anctil décrète que les «bons» hassidim «appliquent un code de préceptes connus de l'orthodoxie hassidique [et dont] les balises sont en place depuis longtemps».

Sauf le respect que nous devons à M. Anctil, rappelons-lui tout de même que les groupes hassidiques établis au Québec remuent ciel et terre pour se renfermer sur eux-mêmes et s'isoler socialement. De plus, chacun est centré sur son rabbin qui dirige et mène ses ouailles selon le principe de Emounat Khakhamim ( la foi dans les sages ) qui exige que chaque Juif pieux suive un «sage» versé dans la Torah. Si ce n'est pas ça un «maître qui applique d'une manière particulière certains préceptes du judaïsme», je ne sais pas ce que c'est!

Pour ne rien arranger, le mouvement hassidique n'a vu le jour qu'au cours du 18e siècle alors que je judaisme, lui, a plus de 2 000 ans au compteur. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les «balises» de l'ultraorthodoxie sont en place depuis bien peu de temps.

Contrairement à ce qu'affirme Anctil, «nos» ultraorthodoxes vont très souvent bien au-delà de ce qu'il qualifie de «la doctrine nécessaire en général dans le judaïsme». Même Lysiane Gagnon l'a écrit noir sur blanc dans sa chronique  du 8 mars 2008: «Comment peut-on, dans une société instruite et développée, confondre les Juifs en général avec les hassidim, cette communauté ultra-orthodoxe et marginale qui a autant de points communs avec les juifs que la secte des Apôtres de l’Amour infini en a avec les catholiques ?»

Vous voulez un exemple de leur enflure doctrinaire? Pas de problème. Prenez cette «obligation» imposée aux femmes hassidiques de se raser la tête. N'en déplaise au professeur Anctil, vous ne trouverez nulle part dans la Torah une telle prescription. Cette imposition n'est qu'une coutume dictée par le maître, ou si vous préférez, le «sage» qui règne sur chacune des cellules sectaires ultraorthodoxes. Est-ce beaucoup mieux que d'en forcer d'autres à porter une cape ou un foulard noir?



Pierre Anctil se souvient-il du Sermon sur la Montagne? Au chapitre 5 de l'Évangile selon Matthieu, il est dit: «celui qui dira à son frère : Raca* ! mérite d'être puni par le sanhédrin**» Anctil devrait peut-être en glisser un mot à son mentor.

* Raca = Ça me dégoûte!
 
**S
anhédrin = Conseil suprême de la noblesse sacerdotale juive et de docteurs pharisiens, qui jouait le rôle de tribunal à l’époque de la Palestine antique.

Tous comptes faits, je me demande quelle mouche a bien pu piquer Alex Werzberger et Pierre Anctil pour qu'ils sentent tout à coup le besoin de déblatérer sur une de leurs communautés jumelles. Ne savent-ils pas qu'en 2004, notre bon Julius Grey avait fait des pieds et des mains pour empêcher que ce pauvre rabbin de Sainte-Agathe ne soit déporté en Israël?



Dernière chose bizarre dans ce dossier, jusqu'à ce jour, les porte-parole hassidiques qui se sont souvent exprimés dans les médias n'avaient pourtant jamais hésité à se qualifier eux-mêmes de sectes. Même The Gazette titre parfois ses articles sur les hassidim en utilisant le mot «sect»!

Espérons tout de même que le groupe Friends of Hutchison Street montera à nouveau aux barricades pour aller à la rescousse des fidèles de la communauté Lev Tahor de Sainte-Agathe si injustement maltraités et désavoués par Alex Werzberger.



* «Haredim strive to have total control over individual life, from the exterior – clothing – to the inner psychic making, including feelings, emotions, perceptions and cognitions. This totalitarian aspiration is the result of a feeling that the Haredi lifestyle has a full, all-encompassing hold on the ultimate and eternal truth. This feeling can give much comfort, and a strong sense of security, to the believers, but it also breeds suspicion, zealotry, contempt and lack of tolerance for what is different. It also seems to grant permission to Haredi control agents to intervene – supposedly in the name of that transcendental truth – in each and every aspect of one's life.»