J'adore les arguments simplistes de M'sieur
le Maire. Non seulement réduit-il le «climat toxique» qui se vit dans l'arrondissement
à quelques «problèmes de mauvais voisins»
bien identifiés, mais dans son équation, les relations tendues et la division
ne seraient le fait que d'une poignée de résidents malveillants à l'égard des
membres de la communauté hassidique. La belle affaire! Il ne se serait pas
encore aperçu qu'en tant qu'élu, il est tout autant, sinon plus responsable de
la bisbille qui couve autour d'une nouvelle synagogue sur Bernard? Eh oui, Philipe. Ne vous en déplaise, vous faites
intégralement partie de ce tumultueux «triangle amoureux».
Vous l'alimentez même mieux que quiconque.
La désinformation, le favoritisme
électoral apparent et le black-out que l’administration Tomlinson a entretenus
à propos de cette nouvelle synagogue imposante réclamée par un promoteur «bully» n'en sont que la plus récente preuve. Projet Montréal n’a
fait qu’ajouter une épaisse couche au climat de méfiance, de conflit et d'illégalité que le maire
prétend pourtant déplorer.
Philipe Tomlinson soutient que ce n'est pas son choix de faire affaire
avec Michael Rosenberg. Que ce dernier ait un pedigree truffé d'illégalités
notoires (cliquer sur la photo ci-contre pour voir son reluisant dossier) en matière de réglementation municipale n'empêche pas
le bon maire de «négocier de bonne foi» avec lui, comme l'en félicite le nabab de la
multinationale Rosdev. Au contraire, le maire s'adonne volontiers à la
négociation... à genoux. Et il prend bien garde de qualifier le comportement
délinquant du promoteur.
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Capture
d’écran : reportage de Radio-Canada, 5 février 2019
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Par contre lorsqu'il s'agit des citoyens «ordinaires», Tomlinson se permet de
départager le bon grain de l'ivraie. Pire. Non seulement minouche-t-il ceux et
celles qui pensent comme lui et votent pour lui, mais il se fait un malin
plaisir de dénigrer les Outremontais avec lesquels il n'a aucune intention de négocier. Le 28 janvier dernier à l’émission Gravel le matin, il est allé jusqu’à leur coller l’étiquette de «belliqueux d’Outremont qui récidivent encore une fois avec
des fausses nouvelles pour attiser la peur de l’autre».
À l’instar des leaders
théocratiques, Tomlinson pointe un doigt accusateur vers quelques citoyens qui
«interviennent
régulièrement aux séances du conseil», mais n’oserait jamais
déblatérer contre les quatre ou cinq lobbyistes patentés et payés pour
promouvoir, revendiquer et étendre leur apartheid social. En plus d’être des
abonnés du micro de l’hôtel de ville, ces ultrareligieux disposent d’une carte
chouchou pour fricoter avec les élus de Projet Montréal derrière des portes
closes. Deux poids, deux
mesures!
Comment
ne pas sursauter quand on entend le bon Philipe prêcher qu’il faut «ouvrir un dialogue,
se parler pour trouver des solutions aux problèmes de bon voisinage»?
Des solutions qui lui sont pratiquement dictées sous la menace de poursuites
judiciaires et de sanctions pécuniaires de plusieurs centaines de milliers de
dollars.
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| 16 août 2016: Abraham Ekstein (à droite) faisant du «damage control» lorsque la DPJ et les forces policières avaient investi l'école illégale du 6355 avenue du Parc |
Et
que dire de ce cri du cœur du lobbyiste Abraham Ekstein qui lance haut et fort
dans Le Devoir que «[les
hassidim n’ont] jamais accepté le résultat du référendum. Pour nous, la loi
majoritaire, c’est la loi de la jungle! » Tiens donc! J’ai
toujours cru que la loi de la jungle était la loi du plus fort. Et dans le cas
qui nous occupe, aux yeux de la «majorité», le roi de la jungle portant couronne de fourrure se
nomme Rosenberg. Mettons que Michael n’est pas du genre
herbivore-écolo-grano-vegan. Il a tout du carnivore va-t-en-guerre et teigneux.
Pas
étonnant que les élus de Projet Montréal fassent dans leur froc et que Philipe
Tomlinson soit apparemment allé déposer en personne la demande d’ouverture d’un
registre référendaire en septembre 2016. Il espérait que le règlement sur
l’interdiction de nouveaux lieux de culte sur Bernard soit battu en brèche par
référendum. Hélas pour lui, il a perdu. Il a perdu non seulement le référendum, mais
également son capital présumé de bonne foi.
Sachant
cela, faut-il se surprendre que l’équipe Projet Montréal ait tu et glissé sous
le tapis un avis juridique indépendant de la firme Deveau Avocats qui soutenait que la Ville de Montréal disposait
des arguments juridiques nécessaires pour débouter le poursuivant
Rosenberg qui avait décidé tout d'un coup d’investir 10 000 pi2 au cœur même de l’artère
commerciale de l’avenue Bernard pour y aménager une mégasynagogue?
Une
fois le chat sorti du sac, il est assez ironique d’entendre Tomlinson qualifier
cet avis juridique indépendant de «complaisant » et de le dénigrer publiquement. On croit rêver.
On s'entend que c'est l'ancienne
administration qui avait mandaté ce cabinet d’avocats pour préparer un avis
juridique. Cela dit, si Tomlinson prétend que la firme Deveau ne disposait pas
de tous les documents pertinents pour produire un avis judicieux (ce qui est
hautement contestable), il aurait dû faire preuve d'une saine rigueur de
gestion et fournir les documents soi-disant «manquants». Selon toute
vraisemblance, il ne l'a pas fait parce que la conclusion de la firme Deveau n'allait pas dans le sens qu'il souhaitait. N’est-ce pas d’ailleurs ce même type de rétention de
documents que le conseiller Jean-Marc Corbeil dénonce et reproche au maire et
à des fonctionnaires d’Outremont depuis son élection?
On se demande bien comment le maire
Tomlinson peut prétendre que le permis d’agrandissement que Projet Montréal
s’apprête à délivrer à Michael Rosenberg sera octroyé de plein droit. Personne
ne conteste le droit de Rosenberg de faire construire un bain rituel et une
salle polyvalente dans la partie de l’immeuble où se trouvait le comptoir de
poulet grillé La Fusée
et l'ancien Passeport Vidéo. Après tout, le règlement le lui permettait et
l’arrondissement lui avait délivré le permis le 25 mai 2015, soit avant le
dépôt de l’avis de motion de novembre 2015.

| Partie de l'immeuble pour laquelle Rosenberg a obtenu le permis pour y aménager un bain rituel et une salle « polyvalente» avant le dépôt de l'avis de motion. |
Il
est loin d’être évident que le maire a un mandat légitime pour faire ratifier une telle entente et accorder un permis alors que le règlement en vigueur
l’interdit et que le résultat du référendum est sans équivoque.
Quant à la
prétention voulant que Rosenberg jouisse d’un droit acquis sur la partie de
l’immeuble qu’il veut récupérer pour en faire un lieu de culte, rien n’est
moins sûr. Depuis quand peut-on réclamer un droit acquis sur espace pour lequel aucun permis n'a jamais été accordé?
La
suite de cette saga promet d'être fort intéressante, car les citoyens sont loin d'avoir jeté la
serviette.