jeudi 29 mars 2012

LA DÉMOCRATIE « I OWE YOU »

«Il faut être très très très prudent quand on reprend des propos à valeur politique». Marie Cinq-Mars n’aurait pas pu mieux dire dans l'entrevue qu'elle vient d'accorder à L'Express d’Outremont. Pour une fois, elle sait de quoi elle parle.

Après une douzaine d’années en politique active, dont dix sous la bannière d’Union Montréal, des propos à valeur et à saveur politique, notre bonne mairesse en a tenu à la tonne. La partisanerie, le clientélisme, le favoritisme, le déni et le mensonge n’ont plus de secret pour elle. Nous devrions la remercier de mettre les citoyens en garde… contre sa propre personne.

Cinq-Mars ne pourra pas accuser l’animateur Jean-Luc Mongrain de convoiter son poste aux prochaines élections municipales. Il n’est donc pas un de ces méchants opposants politiques auquel elle réfère avec dédain et mépris.

Or, le 14 mars dernier, avez-vous entendu ce qu’a dit l’animateur vedette à son émission qui traitait de la difficile cohabitation entre les citoyens d’Outremont et les hassidim?
«Quand tu commences ton élection et ta campagne avec une garantie de 2500 votes [hassidiques] dans les urnes, tu as des IOU, c'est-à-dire que tu dois retourner l’ascenseur. » (Ça vaut le coût de visionner le clip d’un peu plus d’une minute)

Dans cette même entrevue au journal local, si elle ne manque pas d’air, Cinq-Mars ne brasse pourtant que du vent. Elle invite ses opposants à «profiter du système démocratique pour se présenter devant les citoyens lors d'élections.» N’est-ce pas exactement ce qu’a fait Céline Forget? Cette dernière s’est fait élire on ne peut plus démocratiquement. Cela a-t-il empêché la mairesse de tenir des propos «malveillants» à l’égard de la conseillère indépendante, de la conspuer et de prétendre qu’elle est menteuse? Quant aux Lacerte, Joncas, Chelin et Girouard qu’elle pointe du doigt, n’ont-ils pas justement fondé un parti politique?

Faudrait qu’elle sache ce qu’elle veut! Elle ne peut pas à la fois déblatérer sur les citoyens parce qu’ils ne sont pas élus et vilipender ceux qui se font élire parce qu’ils ne sont pas demeurés de simples citoyens. Et puis, en passant, qu’elle nous montre donc le règlement qui spécifie qu’il faut être élu pour avoir le droit de s’exprimer, de revendiquer ses droits et de dénoncer le laxisme d’une première dame d’arrondissement qui fait l’autruche? On ne paye peut-être pas suffisamment de taxes pour exiger d’être équitablement servis?

Non seulement Cinq-Mars se met-elle la tête dans le sable jusqu’au coccyx, mais elle est d’une mauvaise foi grossièrement opportuniste. Pour faire diversion, elle n’hésite pas à faire ricocher sur ses fonctionnaires les critiques qui lui sont adressées à elle.

Ce n’est pas l’intégrité des fonctionnaires que les citoyens mettent en doute, mais les ordres et les directives qu’ils reçoivent «d'En-Haut». Dans l’entrevue qu’elle a accordée à Michel Desautels, elle a dit très distinctement «Nous avons autorité sur la Sécurité publique» Ça peut-tu être plus clair que ça? Les agents de la Sécurité publique font bien ce qu’elle leur demande de faire. Si la «boss d’Outremont» leur demande de fermer l’œil sur des accrocs aux règlements, les pauvres n’auront d’autre choix que d’obtempérer. On ne peut quand même pas les blâmer d'obéir à leur boss!

Marie Cinq-Mars ne se contente pas de prôner le laxisme. À des fins purement électoralistes, elle est prête à déboulonner des règlements de l’arrondissement. Même ceux qu’elle a elle-même contribué à adopter.

Un exemple? Le 17 juillet 2000, Marie Cinq-Mars, alors conseillère sous l’administration Unterberg, avait voté l’abolition de l’article 18.11 du règlement de stationnement. Grâce à cette abolition, finis les passe-droits de stationnement pour les fêtes religieuses. Or, le 4 octobre 2010, qu’a fait la mairesse? Elle a déposé un avis de motion pour rétablir les privilèges de stationnement. Les Lexus et Jaguar des lobbyistes hassidiques pourraient ainsi recouvrer l’impunité perdue.

Remarquez qu’Alex Werzberger, le président de la Coalition d'organisations hassidiques d'Outremont, n’avait pas attendu cet avis de motion pour permettre à ses ouailles de stationner là où les autres n’ont pas le droit. Le 25 janvier 2007, Werzberger n’avait eu aucune gêne à affirmer à L’Express d’Outremont qu’il s’agît d’un «deal réglé depuis cinq ou six ans».

Pour vous, un «deal» révélé en 2007 est de l’histoire ancienne? OK. En décembre 2009, il y a eu le reportage de Radio-Canada nous apprenant qu’une directive avait été donnée par l’hôtel de ville de ne pas déneiger les rues de tout un secteur d’Outremont pendant le Sabbat. Ça aussi c’est trop vieux? Pas de problème. Un pacte secret frais d’à peine trois semaines vous convient-il davantage?

Alors que la mairesse jure faire «appliquer sévèrement la réglementation à tous les citoyens, de façon équitable» et que son conseiller Louis Moffatt affirme que les élus ne font pas de passe-droits aux hassidim, ce même Alex Werzberger a avoué à la journaliste Émilie Dubreuil que les hassidim avaient «une entente tacite avec les autorités» pour faire circuler leurs autobus illégaux dans les rues résidentielles de l’arrondissement.

Qui ment ici? Les citoyens? De deux choses l’une. Ou bien Marie Cinq-Mars nous remplie comme des cocos de Pâques ou alors c’est le lobbyiste Werzberger - que Cinq-Mars et Moffatt vénèrent comme une icône - qui nous trompe. Dans tous les cas, la mairesse mérite les accusations de complaisance et de laxisme. Quant aux aveux du pope ultraorthodoxe, Marie Cinq-Mars n’aura pas le choix. Si elle maintient qu’elle n’accorde pas de faveurs aux hassidim, elle devra changer de cible, se retourner vers M. Werzberger et conclure que ses propos sont des allégations fausses et extrêmement graves. Il ne lui restera plus qu’à destituer le lobbyiste qui siège au Comité consultatif d’urbanisme.

Je convie tous les citoyens et citoyennes d’Outremont qui se scandalisent de la petite politique mesquine de la mairesse et du traitement dégradant qui a été réservé à la conseillère Céline Forget lors de la fête du Pourim, de venir protester vivement à la séance du conseil d’arrondissement qui se tiendra lundi prochain, 2 avril, à 19 h, au 530 avenue Davaar (derrière l’hôtel de ville, au coin du chemin de la Côte Ste-Catherine). Si vous souhaitez poser une question à la mairesse,
il faut vous inscrire à partir de 18h30.

Pour finir sur une bonne rigolade, lisez ce que le conseiller Louis Moffatt a trouvé à dire à propos de l'agression contre la conseillère Forget:

«Moi aussi, il m’arrive d’être attaqué, invectivé par certains opposants. C’est inacceptable.»

Ah! bon. Louis, l'armoire à glace du conseil, a été attaqué? Aurait-il marché sur un nid de fourmis noires?

8 commentaires:

Jean-Marc Corbeil a dit…

Va pour la démocratie, notre mairesse est l'ÉLUE.

Maintenant t'as un mandat de la population qui te lie aux obligations de la loi sur les citées et villes de faire appliquer les règlements et les directives du conseil (art. 52). Ça c'est pas de la politique madame!

Jean a dit…

Bonjour,
Merci encore une fois Pierre Lacerte pour ton analyse convaincante.
Je constate qu'il y a quelque chose de positif qui ressort des évènements et que nous devons souligner à savoir l'aveu des élus qui sont dépassés par la question hassidique.La preuve; le constat d'échec mentionné par le conseiller Moffatt dans l'édition numéro 12 de l'Express d'Outremont. Le ''qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse'' en dit long. C'est nouveau, avouer une telle chose de la part des élus d'Union Montréal.Ça montre l'ampleur du problème. Je sens presque un appel à l'aide. Ce qu'il ne faut pas négliger non plus. Nous sommes tous concernés par ce qui est arrivé.
Jean De Julio-Paquin

Tony Hilton a dit…

Il me semble que c'est le temps de les encourager à déménager à Jérusalem. La majorité des citoyens n'auront jamais la paix s'ils restent ici au Québec. Deux cultures complètement incompatibles.Ça ne donne rien de les mettre ensemble.

Tony Hilton

Pierre Joncas a dit…

Je suis nullement d’accord avec le propos de monsieur Hilton qui invite des hassidim à quitter pour Jérusalem. Une telle suggestion est inacceptable à ceux de nous – à tout le moins à moi – qui affirmons vouloir un État non-confessionnel, areligieux, laïque, accueillant aux personnes de toute religion, ou sans religion; ce n’est d’ailleurs même pas une solution. Nous voulons des lois et des règlements raisonnables, conçus en fonction du Bien commun, que tous, sans exception, respecteront; nous voulons également que les peines prévues pour les infractions soient appliquées sans égard pour les convictions religieuses ou autres (ou l’absence de toute conviction de quelque nature que ce soit) de ceux qui les enfreignent. Tous les citoyens sont égaux devant la loi: c’est cela la règle de droit.

Pierre Lacerte a dit…

J'abonde dans le sens de M. Joncas.

Jean-Marc Corbeil a dit…

La ghettoïsation à terme d'une partie d'Outremont et du Mile-End est une question de démographie. La question de droit qui constitue le plus petit dénominateur commun en démocratie est un attribue secondaire de la question politique relative au mode de vie de la minorité du ghetto qui est la majorité ailleurs. Il faut donc mettre de l'avant des exigences très claires sur ce que nous voulons comme environnement.

lagatta a dit…

Oui, je suis d'accord avec les deux Pierre, d'autant plus que j'ai des amiEs à Jérusalem (Israéliens et Palestiniens) qui ne veulent SURTOUT pas voir d'autres intégristes de quelque secte juive, musulmane ou chrétienne que ce soit arriver dans le portrait déjà difficile.

Les "deux cultures" qu'évoque Tony sont celle de l'intégrisme et celle de la laïcité (qui peut également être croyante), de l'ouverture. Nous avons déjà fait notre plein d'intégristes cathos au Québec.

Maria Soriano

Jean-Marc Corbeil a dit…

Tony, je ne veux pas trop te contrarier mais c'est nous qui sommes actuellement à Jérusalem, j'aimerais savoir comment quitter LOL!