samedi 5 mai 2018

LE DÉRÈGLEMENT SUR MESURE


Pour annoncer aux résidents d’Outremont que leur tranquillité pourrait être perturbée au cours des huit prochains jours, le maire d’Outremont aura attendu à la toute dernière minute. C’est le 1er mai, moins de 24 heures avant que l’un des monarques hassidiques les plus riches de la planète ne foule le sol de notre arrondissement, que Philipe Tomlinson nous a réservé la surprise sur Facebook. «Bonjour tout le monde… J’ai un petit avis public pour vous… Mazel Tov!»  Bonjour, bonsoir.

Pour une insignifiante vente de garage, Madame Chose doit se soumettre au règlement 1147. C’est dire qu’elle ne peut se départir de ses quelques bricoles sans d’abord obtenir un permis en bonne et due forme, en plus de s’engager à ne pas empiéter sur la voie publique et à ne faire qu’une seule vente de garage par année. Ça fera 15 piasses, Madame Chose! Cli-cling!

En revanche, pour M. Herzog qui décide d’héberger chez lui pendant huit jours une sommité rabbinique arrivée en jet privé avec sa suite de 200 courtisans, pas de problème. Il peut même organiser en pleines rues un méga party dont le saint homme (et les voisins!) se souviendra longtemps sans se soucier du règlement AO-204 sur l'occupation temporaire de la voie publique. C'est gratos, M. Herzog, puisque vous n'avez pas demandé de permis. Boiiiiiing!
 
L'avenue Querbes, entre la quiétude et la folie furieuse.

Pour un tel évènement qui attirera des milliers de membres de la secte qui, selon leur bon vouloir, pourront faire le pied de grue de jour comme de nuit devant sa «résidence temporaire» du 389 avenue Querbes, les autorités municipales n’en auraient supposément eu vent que deux semaines à l’avance. Le maire Tomlinson prétend même que les leaders hassidiques d’Outremont n’ont été avisés du Pow-Wow ultraorthodoxe qu’une semaine avant lui. Foutaise!
 
Philipe Tomlinson et sa tête des mauvais jours face aux critiques publiques.Clairement, le tapis rouge n'était pas déroulé pour lui!
Qui va croire qu’on peut organiser un évènement d’une telle ampleur en se retournant sur un dix cent? On ne planifie pas l’hébergement de milliers de disciples provenant d’un peu partout dans le monde en criant shalom. Même Cheskie Weiss, ce lobbyiste de la communauté Belz d'Outremont en fait la preuve en racontant qu’il leur a fallu farfouiller jusqu'en Ontario pour dénicher une tente pouvant contenir 5000 fans. Ils n'en trouvaient pas au Québec.

Pour avoir le droit de faire un tel cirque, le règlement sur l'occupation temporaire de la voie publique décrète qu’il faut une autorisation obtenue 60 jours à l'avance par résolution du conseil de l’arrondissement. Or, dans l’ordre du jour de la séance du conseil du 9 avril dernier, nulle part il est fait mention d'une demande de fermeture de rue pour le vénéré rabbin!
 
  

Parions que les huiles hassidiques ont délibérément tout fait pour ébruiter le plus tard possible leur programme de festivités. Ils n’ont même pas demandé un permis pour installer leurs banderoles et leur jeu d’ampoules électriques qui se balancent d’un bord à l’autre de la rue Querbes en tenant éveillés les voisins!

Si ce n’était que ça. Nous avons appris par les médias que dans la nuit de samedi à dimanche, une grande marche nocturne (après minuit!) réunissant des milliers de fidèles a débuté dans Rosemont sur l’avenue du Parc pour aboutir à Outremont jusqu'à la résidence temporaire du rabbin. Pourtant, le règlement interdit spécifiquement la tenue d’un événement spécial de 22 h à 7 h 30.
 
Comme si ça ne suffisait pas, au fil de la semaine, les fêtards ont contrevenu à ce même règlement qui interdit l’utilisation de mégaphones, d’appareils sonores ou d’amplification du son, lors d’un événement spécial. Or au moment même où Philipe Tomlinson accordait une entrevue télévisée, la journaliste Catherine Kovacs faisait remarquer que la voix de notre bon maire était enterrée par les décibels que crachaient les haut-parleurs depuis le 381 Querbes.

La musique crachée par les boîtes de sons proscrites par le règlement municipal était tellement forte que même des membres de la secte devaient se boucher les oreilles.
 
Cela n’a pas empêché le bon Tomlinson de prétendre sans rire qu’il veillerait à ce que tous les règlements municipaux soient respectés. Pfffffffffffff! N’importe quoi!

Remarquez qu'il compte bien y parvenir. La preuve, lors de la séance du conseil du 9 avril dernier, l'équipe Tomlinson a justement présenté un avis de motion pour modifier le Règlement sur l'occupation temporaire de la voie publique pour la tenue d'évènements spéciaux ainsi que le Règlement sur le bruit

Comme les dirigeants des sectes hassidiques ne se sont jamais, au grand jamais, conformés aux règlements, Projet Montréal va tout simplement faire disparaître les «contraintes» qui leurs déplaisent.

Cette dérèglementation est taillée sur mesure pour satisfaire les fondamentalistes religieux qui veulent pouvoir parader et y aller à fond la caisse (de son!) où, quand et de la façon dont cela leur chante! Plus clair que ça, tu meurs!


D'ailleurs, depuis l'élection de Projet Montréal à Outremont, en novembre 2017, ceux qui assistent aux séances du conseil auront remarqué que l'on ne voit plus l'ombre d'une rouflaquette dans la salle.

Le 9 avril dernier, c'est parce que le cinéaste Eric Scott était sur place pour filmer la séance dans le cadre d'un documentaire qu'il prépare sur les relations entre les hassidim et les autres résidents que le lobbyiste Mayer Feig s'y est pointé pour la première fois en cinq mois. Je lui ai fait remarqué que lui et ses coreligionnaires brillaient désormais par leur absence. Vous savez ce qu'il m'a répondu? «Depuis que Projet Montréal est au pouvoir, on n’a plus besoin d’assister aux séances. C’est nous qui menons le conseil. » Sacré Mayer, va. Je te reconnais bien là.

Et certains se demandent encore pourquoi bon nombre de résidents du quartier n'ont pas envie de faire de guili-guili! Ni aux élus de Projet Montréal, ni aux huiles hassidiques.

J'invite tous les résidents d'Outremont à débarquer à 18h30 à la séance du conseil du lundi 7 mai pour contester l'équipe de Projet Montréal qui voudra émasculer la réglementation qui veille sur notre quiétude... au profit des festivités hassidiques. Et swingue la bacaisse!

jeudi 8 mars 2018

LE PÉRIL JAUNE

«Qui veut noyer son chien, l’accuse de la rage» 
Molière, Les Femmes savantes 

Le 2 décembre dernier, j'annonçais que la 431e chronique de mon blogue devait être la dernière. J’aurai tenu parole... pendant 96 jours! C’est déjà beaucoup mieux que bien des gens.

Il aura fallu que l'équipe de Projet Montréal d'Outremont fomente une polémique infecte et d'une démagogie répugnante autour d’un carré de feutre jaune pour que je ressorte ma plume.

Cela fait plus d’une décennie que les citoyens se plaignent de la façon dont les autobus jaunes opèrent sur les rues résidentielles de l’arrondissement. La question a été abordée nombre de fois aux séances du conseil d’Outremont. En 2014, L’Express d’Outremont a même fait sa Une avec la problématique des autobus scolaires qu’il coiffait du titre À pleine vitesse dans les rues. Comme toujours, en dépit des plaintes, les élus n’ont jamais levé le petit doigt pour tenter de solutionner ou d'atténuer le problème.


Maintenant que Projet Montréal est majoritaire à Outremont, le parti écolo qui carbure à la pédale et au transport actif sur le Plateau fait un U-turn idéologique dans notre arrondissement. 

Non seulement n’a-t-il aucune intention de contrôler le comportement des autobus jaunes, mais il nie carrément le problème. Il fallait entendre Fanny Magini, la conseillère de Projet Montréal interrogée par Mario Dumont sur les ondes de LCN : «Il n’y a pas de problème avec les autobus scolaires à Outremont. Au contraire, on en veut plus. » J'avais l'impression d'entendre la ventriloque d'Alex Werzberger qui répète comme un vieux disque rayé que la contestation n'est le fait que d'une poignée de trouble-fête.

Ah! Comme ça, Magini en voudrait plus! À la bonne heure. On va les envoyer sur sa rue. Gageons qu’elle nous dira qu’elle n’en a jamais assez, qu’elle aime ça la couleur jaune qui se reflète sur les murs de son salon.

Ne voulant surtout pas être en reste, sa chef, Valérie Plante, a fait preuve d’une démagogie tout aussi fallacieuse. À ses yeux, les récriminations des citoyens à l’égard de la circulation des autobus sur les rues résidentielles constituent «une action politique menée contre des enfants». Comme on dit : Qui veut noyer son chien, l’accuse de la rage.

En moussant le scandale du feutre jaune, Projet Montréal espère étouffer dans l’œuf (le blanc, pas le jaune!) toute velléité de changer quoi que ce soit aux parcours des autobus scolaires. Ainsi, plutôt que de cueillir les enfants aux intersections des rues (comme partout ailleurs!), les périls jaunes pourront continuer, six jours sur sept, de faire du porte-à-porte aux heures de pointe et à toute autre heure, de rouler à tombeau ouvert, d’emprunter les ruelles pour aller plus vite, de se stationner n'importe où, de propager à fond la caisse le bruit de leurs compresseurs et de cracher leurs vapeurs de diésel 55 fois par jour sur toutes les rues résidentielles. Parlez-moi d’un parti vert! Je ne saurais trop insister pour vous inviter à jeter un coup d’œil à un photo-reportage réalisé sur les problèmes des autobus scolaires sur nos rues.
6 juillet 2017: un autobus scolaire emprunte la ruelle au nord de Lajoie, entre Bloomfield et de l'Épée

J’accepte sans aucun problème que l’on prétende qu’un carré de carré jaune n’est pas l'idée ou le symbole du siècle. Je dirais même que je me fous de ce bout de feutre comme de ma première couche, mais l’interprétation qui en a été faite relève d'une mauvaise foi crasse. Y aurait-il des daltoniens des formes géométriques, maintenant? La personne qui a eu l'idée du carré jaune aurait-elle choisi un papillon ou une espadrille jaune qu'on lui aurait servi la même médecine.

Soyons clairs. Il ne s’agit pas seulement d’un détournement de l’histoire, mais ce brouhaha est une véritable insulte à la mémoire des victimes de l’holocauste.

Le carré jaune réfère aux autobus scolaires qui sont jaunes depuis une éternité. Que je sache, il n’y a jamais eu de carrés jaunes dans l’histoire du peuple juif. Faudra-t-il désormais conclure que les hassidim sont les détenteurs exclusifs de la couleur jaune? Si c’est le cas, avisons vite Sico!

Des arguments comme celui-là me rappellent ces névrosés qui avaient crié au meurtre lorsqu’il avait été question de permettre l’établissement de lieux de culte sur l’avenue Durocher au nord de Van Horne. Ils prétendaient que l’octroi d’une zone à proximité de la ligne de chemin de fer qui bordera le nouveau campus universitaire d’Outremont était fait dans le but macabre de leur rappeler les trains de la déportation. Il y a toujours bien des saintes limites à charrier le monde!



En passant, êtes-vous allés faire un tour à la Fête des neiges d’Outremont, le 4 février dernier? L’arrondissement administré par Projet Montréal a payé pour qu’une mascotte anime la journée des familles. Avez-vous remarqué quelque chose de spécial? Avez-vous capoté? Non? Pourtant, la mascotte arborait une étoile jaune (pas un carré, une étoile, cibole!) sur un gros casque de poil. Pire que ça. Vous allez peut-être pensé que je suis paranoïaque, mais avec sa barbe blanche et son gros nez, j’ai trouvé que ça avait un air de famille avec certaines caricatures européennes de la fin du XIXe siècle. Devoir de mémoire, vous dites?

L'équipe de Projet Montréal Outremont posant fièrement à la Fête des neiges, le 4 février 2018. Ne vous trompez pas. La mascotte n'est pas la personne portant le manteau blanc.  Ça, c'est la ministre Hélène  David du PLQ!