jeudi 28 mai 2020

LE DÉBUT D'UN TEMPS NOUVEAU (PART TWO)


Dans la vie privée ou publique, on l’a ou on ne l’a pas. Ou bien on est capable d'une certaine transparence, de franchise, d’honnêteté intellectuelle, de prouver ce qu’on avance ou alors on se comporte en anguille despote. Dans ce cas, tout en se prétendant à l’écoute des citoyens, on manœuvre derrière des portes closes, on désinforme à gogo, on manigance sans états d'âme, on ment sans scrupules, mais avec conviction.

Après avoir vu le film d’Eric Scott, comment ne pas passer un savon à Philipe Tomlinson et son égérie Mindy Pollak ? D’un côté, l’un et l’autre louangent la bienveillance de la minorité hassidique, son désir «sincère» d’un rapprochement et d’un mieux vivre ensemble. De l’autre, les élus de Projet Montréal accusent d’intolérance, d’étroitesse d’esprit, voire de xénophobie les francophones qui sont irrités par certaines incivilités ou qui, par exemple, dénoncent la malpropreté des ruelles ou s’opposent à l’implantation de nouveaux lieux de culte sur l’avenue Bernard. Superbe stratégie pour amener les gens à créer des ponts! C'est comme rien... ils doivent être des groupies de Michel Fugain :



« Ils font l'amour le samedi, les gentils
Ils font ça n'importe quand, les méchants
Ils crèveront le cul béni, les gentils
Ils crèveront le cœur content, les méchants »


Au fond, ce que veulent Projet Montréal et le lobby religieux, c'est un pont-Levy!

À cela, il faut ajouter le phénomène très particulier de l'ultraorthodoxie politique. Depuis plusieurs décennies, Outremont compose tant bien que mal avec les dirigeants hassidiques qui ont toujours su se ménager leurs entrées privilégiées au cœur de l’action. 

S’appuyant sur un sérail grenouillant et totalement dévoué à LA cause, ces huiles se sont infiltrées dans tous les rouages administratifs, exerçant de plus en plus de pression (à froid et à chaud !) sur les politiciens qui craignent davantage les accusations d’antisémitisme que le COVID-19. Le but ultime des «craignant Dieu»? Convaincre les élus qu’ils sont absolument indispensables à leur réélection, puis les amener, de gré ou de force, à répondre à tous les caprices d’un Hashem obsessif compulsif. Et ça marche !

Pour la énième fois, je répète qu'il ne s'agit pas d'un réquisitoire contre nos voisins ultraorthodoxes, mais bien plutôt de dénoncer l’influence démesurée qu’exercent les gros bonnets hassidiques sur des élus asservis.

Dans son film qu’il prétend être «un outil de communication, fait par et pour les Outremontais», Eric Scott ouvre le «dialogue» en donnant à l’intégriste Mayer Feig le champ libre pour me diffamer. Devant caméra, le porte-parole ultraorthodoxe soutient que je suis ni plus ni moins qu'un menteur pathologique, que je déforme les faits et que je propage de fausses informations. Feig ne s’embarrasse évidemment pas du fait que cinq juges ont rejeté toutes et chacune des prétentions de mes poursuivants qui n'étaient pas des moindres. Même les stratagèmes alambiqués de l’illustre Julius Grey n’auront jamais fait en sorte que je demande 
«pardon, mononcle»!

Mayer Feig a sauté sur l’occasion pour dire que «c’est à cause de gens comme [moi] qui mentent constamment que sa communauté a dû recourir aux tribunaux pour faire valoir [ses] droits». Or, il oublie de rappeler que pratiquement toutes les synagogues ultraorthodoxes d’Outremont et du Plateau ont donné énormément de fil à retordre aux administrations municipales successives. 


Le cas des synagogues ultraorthodoxes

Ces lieux de culte se sont soit installés illégalement sur le territoire ou ont contrevenu aux normes ou à la réglementation municipale quand ils ne s'adonnaient pas à de la contrebande d'alcool, à tenir des dortoirs clandestins et manigancer des combines pas particulièrement kashères.

Le lobbyiste n’avait très certainement pas envie de soulever le couvercle sur la longue et puante saga de la synagogue Amour pour Israël qui, avant 1989, s’était illégalement incrustée au 1055-1067 Lajoie et 6010 Durocher sous de fausses représentations (s'cusez l'anglicisme). Pendant dix ans, les rabbins boqués ne se sont pas limités à bafouer le zonage. Ils ont laissé leurs ouailles harceler, vandaliser et menacer de mort la locataire d’en haut qui, devant le laisser-faire pitoyable de l’administration Unterberg, avait été obligée de débourser plus de 25 000 $ en frais judiciaires pour forcer la secte teigneuse à déguerpir. Une secte qui, de surcroît, a traîné Céline Forget à huit reprises devant les tribunaux sous autant d’accusations criminelles ou autres qui se sont toutes avérées infondées. Quinze ans de harcèlement pour avoir exigé le respect d'un règlement bafoué. Une chance qu'elle avait la couenne dure. Ils peuvent bien l'haïr à mort, mais comme le dit ce bon vieux Alex Werzberger: «The law of the land is the law»!

Et si vous pensez que le jugement intimant la secte de quitter les lieux en 1999 a mis fin à la cascade de problèmes exaspérants, sachez que l'endroit a continué de servir à des fins non conformes au zonage jusqu’en… 2012! En tout, plus de 22 ans de délinquance et de faux-fuyants grossiers.



Onze ans après le jugement exigeant la fermeture de la synagogue, les autorités hassidiques contrevenaient toujours au zonage. À gauche, en mars 2010, des religieux s'affairent derrière ce qui ressemble à un hachoir à viande. Au centre, en novembre 2011, un dépliant annonce qu'un séminaire s'y tiendra. Ce n'est qu'à l'été 2012 que l'on entreprit les travaux pour transformer l'endroit en logement. 

Le comble, c’est qu’au nouvel emplacement de la synagogue Amour pour Israël au coin de Van Horne et Durocher, les administrateurs ont trouvé le tour de foutre à nouveau la pagaille. En contrevenant aux normes de construction et en abandonnant les travaux pendant deux ans, les religieux coriaces n'ont pas donné le choix à l’arrondissement d'intervenir, entraînant plus de 100 000$ de frais juridiques. Ces drôles de «pieux» qui s'enfoncent dans le sol outremontais semblent aussi avoir un sacré penchant pour le terrorisme urbain. Faut lire les méthodes qu'ils utilisent.

Dans le publireportage de Scott, Mayer Feig soutient que lorsqu’ils recourent aux tribunaux, la plupart du temps, ils ont gain de cause. Sans la nommer expressément, il fait allusion à la synagogue du 1030-1032 Saint-Viateur qui, après presque trois décennies d’illégalité, a réussi à échapper à la fermeture... après que l’arrondissement eut engagé des dizaines de milliers de dollars en frais juridiques.

Il est vrai que la secte a sauvé ses fesses à cet endroit, mais sans vouloir faire de peine à Mayer, ce n’est absolument pas parce qu’elle avait respecté les normes. À preuve, en 1982, le propriétaire de l’immeuble avait été condamné à une amende parce qu’il avait transformé le bâtiment résidentiel en lieu de prière alors que la grille d’usages ne permettait que l’habitation résidentielle.


Si cette synagogue a su passer à travers les mailles du filet, c’est uniquement parce que les élus de l’époque ont (encore une fois!) fait preuve d’une grande hypocrisie et qu’ils ont fermé les yeux sur l’illégalité patente. En lisant le jugement, même Christine Gosselin, cette très multiculturaliste et compatissante conseillère de Projet Montréal, n’avait pu s’empêcher, le 29 avril 2013, d'y aller d'un commentaire inattendu sur la page Facebook des Friends of Hutchison Street. 


En plus de trouver que la secte avait poussé sa luck pas mal fort, la conseillère Christine Gosselin avait ajouté espérer qu’à l’avenir, les inspecteurs seront plus vigilants. C'est tout dire.

Bien sûr, je vous interdis de me croire sur parole. Comme tout le monde sait, je suis biaisé jusqu'à la moelle et vous êtes trop intelligents pour vous laisser enfirouaper par mes propos tendancieux. Aussi, je vous incite plus que fortement à visionner un extrait de trois reportages* qui, en 1999, 2008 et 2012 sont pratiquement parole d'évangile.

Au téléjournal de Radio-Canada du 26 mai 2008, vous entendrez le conseiller Louis Moffat soutenir qu'il arrive aux hassidim d'utiliser la technique du fait accompli pour implanter des synagogues. Alex Werzberger, le vieux filou satmar finira même par avouer qu'ils ouvrent des synagogues sans permis. Mieux!  En 1999, à l'émission d'enquête J.E., le lobbyiste est allé jusqu'à admettre qu'ils recourent à des déclarations mensongères pour créer des lieux de culte. Tout aussi étonnant, en 2012, sur le plateau de Jean-Luc Mongrain, l'increvable Alex prétendra que ce n'est pas illégal de tenir une maison de... culte sans permis. 

Avant de vous laisser regarder ce bijou d'authenticité, laissez-moi juste vous raconter une petite anecdote crunchy

Dans l'extrait du reportage de Radio-Canada que vous verrez, le journaliste Alain Picard avait fait intervenir un certain Eliezer Frankfurter (Lazare, pour les intimes), un hassidim de très bonne famille et d'une probité, ma foi, plus qu'exemplaire. Cet homme aussi affable que dévot jurait, main et yeux sur la Torah, qu'aucun rabbin ne permettrait qu'une synagogue puisse voir le jour là où la loi l'interdit.


Eliezer Frankfurter fait une brève apparition dans le film de Scott

Mais voilà que quatre jours après la diffusion du reportage dans lequel j'étais partie prenante, sur qui je ne tombe pas? Ben oui, sac...! Sur Eliezer. Tu parles d'un méchant hasard, toi! Il venait de stationner illégalement sa Honda Odyssey dans la zone de vignette 27. Direct devant ma porte!

Vous ne devinerez jamais où il se rendait, cet homme au coeur pur. S'en allait prier à la synagogue multirécidiviste du grand délinquant Michael Rosenberg. Imaginez. Eliezer est le beauf de Michael. Comment j'ai su qu'il était marié à la soeur de Michael? Vous pensez que  je l'ai appris dans le reportage d'Alain? Nenni! Picard avait pris grand soin de n'en piper mot dans son topo. 


Alain Picard flattant le pitbull Max Lieberman dans le sens du poil... du schtreimel

C'est deux jours après sa diffusion que Picard m'avait révélé, en rigolant dans sa barbe de trois jours, qu'Eliezer était acoquiné avec la soeur de l'autre. Alain la trouvait bien bonne. À l'époque, je n'aurais jamais imaginé que le journaliste eut pu manquer d'éthique. Il semblerait que ses patrons s'en soient éventuellement rendu compte. Si bien qu'Alain finira lobbyiste à la solde des dirigeants hassidiques. J'avoue ne pas avoir été fier de manquer de flair à ce point, car cela aurait dû me sauter aux yeux que Picard avait tous les prérequis et toutes les «qualités» pour ce dernier job!

Bon, allez! Ça suffit, les inside. Regardez le petit montage vidéo en cliquant ICI et on se retrouve de l'autre côté. 


Eliezer Frankfurter et Alex Werzberger. Ces deux-là auraient mieux fait de s'entendre sur une version concordante plutôt que de se contredire devant les caméras de télévision. Technologie maudite! 

Puis? Ça vous a plu? Vous conviendrez qu'en communication, ce n'est pas donné à tout le monde d'attacher toutes les casseroles qui traînent.

Je sais, je sais. Certains diront que ces reportages sont du vieux stock éculé. C'est un fait que lorsqu'ils se font élire, les politiciens ont souvent tendance à croire qu'ils débarquent à l'An Zéro de l'histoire. Cinq ans, en politique, c'est une éternité. Leur rappeler ce qui s'est passé il y a 5, 10, 20 ou 30 ans, c'est pratiquement leur demander de remonter à la préhistoire. Pourtant, comment planifier le futur sans avoir aucune notion de ce qui s'est passé dans son fief au fil des ans?

À ceux qui se demandent pourquoi les gens peuvent se montrer réticents à donner l'absolution sans confession aux dirigeants et lobbyistes hassidiques, vous avez peut-être eu là une partie de votre réponse. 

Si le passé est garant de l'avenir, ce n'est pas demain que les Outremontais feront confiance aux belles paroles mielleuses et aux p'tits muffins des ultrareligieux et de leurs fans. D'autant moins qu'au cours des 40 dernières années, non seulement les élus n'ont pas agi au fur et à mesure que les problèmes se sont présentés, mais ils ont donné la désagréable impression d'être leurs chiens de poche.

Au cours du précieux temps que Scott lui a accordé, Mayer Feig ne se lamentera pas seulement à propos des synagogues. Il affirme qu'au cours des 15 dernières années, «il y a eu une succession de règlements contre les processions, les autobus de Purim, les autobus scolaires, les soukkats».

Mayer a toujours adoré les effets de talit. Surtout quand il est filmé et qu'il faut frapper les esprits. On devrait le mettre en demeure de nous fournir les soi-disant règlements répressifs.

Les temps sont durs, on le sait. On espère juste que Mayer Feig n'a été victime que d'un peu de surmenage durant le tournage.

Le cas des processions proscrites

Aux dernières nouvelles, aucune administration d'Outremont n'a jamais adopté de règlement interdisant les célébrations ou les fêtes sur son territoire. Ils étaient combien, déjà, à recevoir le grand rabbin d'Israël sur l'avenue Querbes durant toute la première semaine de mai 2018? 6 000? OoooooK! N'ont même pas eu à demander de permis pour fermer les rues ou mettre la grosse zizique forte après 22 h! 

Des centaines de participants aux célébrations telles les Sefer Torah se sont-ils retrouvés dans les paniers à salade pour avoir envahi l'avenue du Parc aux heures de pointe? Les forces de l'ordre ont-elles déjà interrompu, ne serait-ce qu'une seule fois, les partys spontanés non déclarés sur la rue Hutchison? Pourtant des DJ au schtreimel albinos ont déjà fait danser ses aficionados au milieu de la rue au son d'une musique crachée par de mégas amplificateurs? 

Fête impromptue avec schtreimel albinos sur Hutchison. La police avait  été mise devant le fait accompli.

Ah! C'est peut-être ça qui emmerde mon ami Mayer. Il y a un maudit règlement qui veille au niveau de décibels émis dans l'arrondissement. Mais ce règlement vaut pour tout le monde, boudins, pas boudins!

Le 12 mai dernier, par exemple, il n'a possiblement pas aimé que le SPVM informe les citoyens que pour la  fête juive Lag Ba'Omer«le volume du système de haut-parleur du camion sera contrôlé par la police pour assurer [notrequiétude». C'est sûr qu'avec des policiers goys, la fête n'est plus kashère! Le lobbyiste a certainement encore moins apprécié que les pompiers débarquent en trombe la nuit précédente pour éteindre un feu de rue allumé entre deux voitures par des fêtards hassidiques

Le 11 mai 2020, à 21 h 21, deux camions de pompiers sont sur Hutchison, entre Lajoie et Van Horne, pour éteindre le feu (flèche). Cinq voitures de police seront aussi mobilisées pour fermer la rue au trafic.

En passant, pour tous ces gens qui sont censés rejeter la modernité et qui veulent préserver leur culture millénaire, nous aurions une superbe suggestion. Vous avez tous adoré The Fiddler on the Roof, on le sait. Alors plutôt que de recourir à des transducteurs électroacoustiques bourrés de technologie pernicieuse, vous devriez embaucher cinq ou six de vos bons violonistes. Mais au lieu de les envoyer sur les toits goudronnés, vous les feriez jouer sur le macadam et je vous jure qu'on irait vous applaudir jusqu'à se faire de la corne dans les paumes.

Le règlement contre les autobus de Purim. 

Quoi qu'en dise Mayer Feig, il n'y a jamais eu de règlement adopté pour bannir les minibus utilisés lors de la fête de Purim. En 2003, le règlement 1171 a été promulgué pour interdire les autobus à double essieu dans Outremont. Cette décision avait dû être prise parce que les sectes hassidiques utilisaient de façon sauvage (et à l'encontre des lois provinciales) des autobus qui faisaient la navette entre Outremont et les États-Unis. 

Toutes les rues, résidentielles ou non, pouvaient leur servir de terminus voyageur improvisé. Des embouteillages de fourgonnettes délestant valises et passagers à toute heure du jour et de la nuit constituaient une véritable plaie, sans parler des moteurs diésel qu'on laissait tourner à vide en double file.

En janvier 2004, l'administration du maire Harbour signait une entente en bonne et due forme avec quatre hauts dirigeants de la communauté hassidique afin de régler le problème des autobus à double essieu dans l'arrondissement. Le 5 avril 2004, le conseil adopta à cet effet une modification au règlement 1171 pour permettre à ces autobus de se rendre en toute légalité à un débarcadère situé devant l'école Belz du 6508 Durocher, dans le secteur Atlantic. L'école avait même signé un accord pour que les passagers hassidiques puissent accéder à l'immeuble au départ et à l'arrivée des autobus.


Ce ne sont pas les photos de délinquance qui manquent. Depuis l'entente signée en 2004 avec les autorités hassidiques, ça a été Vroum! Vroum! Pouet! Pouet! sans discontinuer avec les autobus double essieu. Et partout dans l'arrondissement. Photo 1: sur Querbes, en 2007. Photo 2: devant la synagogue des Rosenberg, sur Hutchison, en 2008. Photo 3: devant le marché Young, sur Van Horne, en 2012. Photo 4: près de l'école Beth Esther, sur Van Horne, en 2014.

Lors de l'assemblée du conseil du 1er mars 2014, le pauvre Mayer Feig s'est insurgé contre l'interdiction des autobus double essieu pour la fête de Purim. Accusant des membres du conseil de s'en prendre systématiquement à sa communauté, il s'était dit tout à fait d'accord avec le règlement de 2003 interdisant les autobus à double essieu, mais ne comprenait pas que l'on interdise pour la fête de Purim les autobus double essieu moins volumineux. Selon lui, cette interdiction mettait en péril la vie et la sécurité des ados qui devaient fêter, bouteille de fort en renfort.

S'il est dur de comprenure, on va lui expliquer ça une bonne fois pour toutes. Soulève tes papillotes et ouvre bien tes grandes oreilles, mon Mayer. Ce soir de mars 2014 où tu nous as fait ta petite scène victimaire pour tes autobus de Purim, ça faisait 10 ans bien sonnés que toi et ta gang de têtus ne respectiez pas l'entente signée le 15 janvier 2004 par Alex Werzberger, Solomon Spitzer, Ernest Kiszner et Jacob Feldman. Et tu as eu le culot de réclamer que le conseil se plie à tes caprices d'enfant-roi? Nous resterons polis, mais entre nous, tu peux t'asseoir dessus!  

Mayer Feig à l'assemblée du conseil de mars 2014. Il a tout un front de boeuf!

Vous voulez voir ce qu'est un pieux hypocrite? Cliquez ICI pour écouter Mayer soutenir qu'il est 100% d'accord avec l'entente signée dix ans plus tôt. Une entente avec laquelle lui et les siens se sont... (excusez-moi d'avance) torchés pendant une décennie. Ça tombe d'autant mieux que dans cette même vidéo, vous m'entendrez, le mois suivant, féliciter le conseil pour le bon déroulement de Purim 2014. Imaginez. Pour la première fois en sept ans, les autorités ultraorthodoxes n'ont utilisé aucun autobus à double essieu dans le cadre de la fête de Purim. Et miracle... non seulement aucun enfant n'est mort, mais on n'a pas rapporté la moindre égratignure! Yahvé est juste et grand!

Le règlement antibus scolaire

Ici, si ça ne vous fait rien, juste pour voir la tête que va nous tirer le maire Tomlinson, on va lui demander de nous montrer et de déchirer publiquement sous les feux de la webcaméra de la salle du conseil le soi-disant règlement antibus scolaire qui aurait été adopté par l'une ou l'autre administration municipale d'Outremont. On va le laisser chercher. Ça va l'occuper, mes amis, jusqu'à la fin de son mandat. Pendant ce temps-là, il n'aura plus le loisir de nous concocter ce que l'on avait naguère le droit  d'appeler des «plans de nègres».

Le règlement contre les souccot

De septembre 2014 à janvier 2015, les gardiens du temple hassidique avaient mis toute la gomme pour dénoncer l’intention du conseil d’arrondissement d’Outremont de modifier le règlement 1177

Le conseil souhaitait faciliter l’application de la période de 15 jours pendant lesquels les souccot étaient autorisées dans les cours et sur les balcons. Pour quelle raison? Les fonctionnaires de l'arrondissement estimaient que parce que le règlement  ne spécifiait pas de date de début de la période pendant laquelle les cabanes étaient permises, ça posait problème.

Sans ce petit amendement qui ne changeait même pas le nombre de jours (15) pendant lesquels les souccot étaient permises, ils étaient incapables de faire appliquer le règlement.

26 avril 2015: Carcasse de souccah, rue Hutchison,
près de 200 jours après la fête de 2014!

À la séance du conseil du 12 janvier 2015, la conseillère  Pollak avait elle-même affirmé publiquement  que la volonté de la majorité du conseil de vouloir modifier le règlement «wasn’t raised for the fun of it. The actual by-law was hard to apply». Qu’à cela ne tienne, Pollak avait catégoriquement refusé que l’on corrige l'anomalie en demandant que les cabanes temporaires  soient érigées et démantelées respectivement trois jours ouvrables avant et après la fête qui dure entre sept et neuf jours. Pourtant, 15 jours, c'était déjà ce que prescrivait depuis des lustres le règlement de l'époque. 

Tant qu'à faire de l'esbroufe, la conseillère de Projet Montréal avait décidé d'en rajouter une couche en revendiquant, sinon l’abolition pure et simple du chapitre 6.1 du règlement «honteux», du moins que l’autorisation d’ériger les cabanes passe de 15 à 24 jours, s'il vous plaît! Et c'est à grand renfort de cheerleaders que Pollak et ses coreligionnaires avaient crié à l’intolérance, à la persécution et à l’antisémitisme. Ce simulacre d'insurrection appréhendée était allé jusqu'à faire dire à une Mrs Hampstead dans la salle que cette proposition d'amendement du règlement «is the most restrictive law in the world against the jewish people». Rien de moins. Le plus drôle, c'est que s'est produit un autre miracle dont eux seuls ont le secret. Cette année-là (2015), la plupart des cabanes ont été montées et démontées... dans les temps prescrits par le règlement! En tout cas, ça a été une fête des Tabernacles! 

Vous n'en pouvez plus? Vous ne voulez pas que j'en rajoute? Que je vous comprends donc. Mais je vous le dis tout de suite, si vous voulez vous plaindre, adressez-vous à Mayer, pas à moi. Après tout, c'est lui qui veut qu'on présente du solide, du béton, des faits concrets, pas des Fake News!

* Pour visionner les trois reportages complets:

1) L'émission J.E. , 1999

2) Le reportage de Radio-Canada, 2008

3)  Werzberger avec Jean-Luc Mongrain, 2012


lundi 4 mai 2020

LE DÉBUT D'UN TEMPS NOUVEAU (PART ONE)


Avez-vous fait partie des braves qui ont veillé tard pour se taper le «documentaire» Outremont et les hassidim diffusé à Radio-Canada le 18 avril dernier? Pour être franc, les échos qui me sont revenus d’un peu partout au cours des deux dernières semaines n’ont pas été particulièrement élogieux pour son réalisateur Eric Scott. Certains qualifient son travail de publireportage, de docu-menteur, de commande spéciale cousue de fil blanc. Plusieurs lui reprochent d’avoir été très complaisant à l’égard des religieux, d’avoir accordé beaucoup plus de place à la minorité sectaire et à ses indéfectibles alliés politiques qu’à la grande majorité de citoyens qui ne partage pas leurs vues.

Le titre du reportage pouvait laisser espérer qu’enfin quelqu’un aborderait franchement les principales problématiques de la cohabitation dans le quartier. Or, le réalisateur s’est plutôt appliqué à faire de l’aquaplanage sur une mer de vœux pieux et de belles intentions de façade. Il souhaitait tellement que l’harmonie intercommunautaire puisse descendre sur la population d’Outremont comme des langues de feu du Saint-Esprit.

Oui, c’est vrai. Il a été un peu question de l’absence de volonté des hommes en noir à apprendre le français et de s’en servir pour se rapprocher un tant soit peu de leurs voisins. Mais Scott leur donnera tout le temps voulu pour nous servir une litanie de faux-fuyant pour justifier leur désintérêt pour la langue officielle. On a aussi parlé du partage du trottoir et d’un certain manque de civilité ou d’égards de certains hassidim. 

Le réalisateur a tout de même eu la bonté de nous laisser déplorer le mauvais entretien de certains lieux de culte. Mais c’est tout juste s'il nous donne quelques secondes pour dénoncer du bout des lèvres une petite partie des irritants. S’il a bien tendu l’oreille, le téléspectateur aura attrapé au vol les mots «non-respect des règlements», «synagogues et dortoirs illégaux».

Des spécialistes du milieu du cinéma se demandent quels organismes privés ont bien pu avoir intérêt à financer ce gentil projet de documentaire. La réponse ne se trouve pas au générique.


Pas un traître mot sur les gros problèmes de salubrité qui persistent depuis des décennies dans nos rues et ruelles. Les dépôts sauvages des sacs-poubelle éventrés dégorgeant de couches souillées, d’assiettes et d’ustensiles en plastique passent à la trappe. Pourtant, le problème est criant. À tel point que même l’éditorialiste du Journal d’Outremont vient de le dénoncer de façon inhabituelle. Étrangement, Projet Montréal s'est bien gardé de répliquer, préférant se mettre la tête dans le sable contaminé.

Heureusement que n’avait pas encore éclaté la pandémie qui a valu à notre arrondissement de se hisser au sommet du palmarès des infectés. Il aurait alors fallu balayer sous le tapis le virus qui s'est payé tout un snack lors du gros mariage des Rosenberg et des rassemblements interdits en temps de confinement.

Rien non plus sur le délabrement de plusieurs résidences habitées par des ultra-orthodoxes. Il ne valait apparemment pas la peine de parler des travaux faits sans permis, en contravention du zonage ou laissés carrément impunis. Silence radio sur la problématique des autobus scolaires. C’est vrai que ça ne fait que 15 ans que les citoyens se plaignent de ces innombrables autobus jaunes bruyants et polluants qui, du matin au soir, six jours sur sept, foncent et s’immobilisent à tout bout de champ au milieu des rues résidentielles.

Dans le but annoncé de créer «un outil de communication, fait par et pour les Outremontais», Eric Scott a planché six ans sur son reportage. J’en sais quelque chose. Au fil de ces six années, je me suis prêté à son jeu à au moins quatre reprises. De ces heures de tournage, il n’aura retenu que des grenailles dont, entre autres, la scène de cirque où l’intégriste Mayer Feig fait de la projection en me traitant de menteur et d’affabulateur. Une fois mes propos filtrés et repassés au tamis, je ne reconnais même plus l’ombre du monstre que mes détracteurs se sont acharnés à faire de moi au fil des ans. Ça me vaudra peut-être l’économie d’une chirurgie plastique!

Le spectateur comprend très vite que ce devoir de réconciliation incombe d’abord et avant tout à la société d’accueil. Scott n’en fait pas cachette. Dès la 47e seconde, il annonce clairement ses couleurs en projetant à l’écran cette question : «Jusqu’où la majorité d’Outremont est-elle prête à aller pour accommoder sa minorité hassidique?»

Le cinéaste, le maire et le lobbyiste. Autour d'une tasse de Tims, les trois mousquetaires s'entendaient comme larrons en foire au petit déjeuner télévisé. Un croissant casher de chez Cheskie avec ça, Messieurs?

Mais il ne faut pas attendre aussi longtemps pour se faire remplir. À la dixième seconde de son film, Scott affirme que l’arrondissement abrite 7 000 hassidim et que ces derniers constituent 23 % de la population. Disons que pour un truc qu’on veut qualifier de documentaire, ça commence mal. Surtout quand les statistiques de la Ville de Montréal (2016) précisent qu’en tout et partout, 5 926 résidents d’Outremont sont d'une autre origine que la majorité francophone. Oups!

Même si demain matin, tous les Grecs, Italiens, Haïtiens, Vietnamiens, Chinois, Français, Ukrainiens, et autres Canadians du quartier prenaient rendez-vous chez le mohel circonciseur (il y en a cinq à Outremont) et que leurs épouses allaient toutes se faire raser le coco, on serait encore très très loin des supposés 7 000 ultra-orthodoxes. Et c’est sans parler des nombreux résidents de religion ou de culture juive qui sont tout sauf hassidiques. Statistiques Canada en remet en rappelant de son côté qu’à peine 3 450 Outremontais, soit 14,6 %, ont le yiddish comme langue maternelle.

Eric Scott, comme bien d'autres, a gonflé à l’hélium le nombre d’ultra-orthodoxes vivant dans l’arrondissement. Encore heureux qu’il ne soit pas allé frapper à la porte d’Alex Werzberger pour obtenir ses statistiques bidon. Notre bon vieux bouffon a récemment avancé le chiffre de 35 % d’ultra-orthodoxes à Outremont. C’est le remake de La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf !

Philipe Tomlinson s'immergeant au milieu de son bassin électoral, le 2 mai 2018. Installé sans gêne sur le balcon d'un citoyen mécontent de voir cette marée humaine envahir son terrain privé, le maire bénit les fidèles comme un pape sur la Place Saint-Pierre.

Pendant la scène où l’on voit quelque 6 000 hommes se répandre comme une marée noire sur l’avenue du Parc, on ne dit pas que ce méga party a duré une semaine et qu'à plusieurs reprises, des attroupements gigantesques se sont produits de jour comme de nuit sur la rue Querbes, une rue strictement résidentielle. Le tout, sans aucun permis de l'arrondissement et en contravention des règlements sur la fermeture des rues, l'occupation du domaine public et sur la tenue d'évènement après 22 h!

Délire mystique de nuit sur la rue Querbes. Dans l'espoir d'entrevoir le grand gourou rabbinique, certains fans en transe n'hésitent pas à grimper sur les compteurs électriques des maisons (photo du haut) ou sur les voitures et les toits de garage (photo du bas)

Il ne serait pas venu à l’idée du cinéaste d’indiquer qu’une bonne partie des milliers de célébrants en liesse provenaient des États-Unis et d’ailleurs dans le monde. Remarquez que ça fait l’affaire des lobbyistes. Ce qui compte, c’est l’impact que ça doit créer au sein de la population. «Watch out, les goys! On va bientôt prendre le contrôle de tout le quartier!» D’ailleurs, Steven Lapidus, un chargé de cours à l’Institut d’études juives canadiennes de l’Université Concordia nous avait déjà servi la menace : «Hasidim are going to dominate. … If you want to come to a peaceful resolution to the problems in Outremont, don’t wait until Hasidim are the majority.»

Ma mère m’a toujours dit qu’il ne fallait pas tirer sur le messager. Depuis là-haut, qu’elle se rassure. Eric Scott n’est pas un simple messager. S’il n’apparait jamais à l’écran, le cinéaste n’a pas besoin d’ouvrir la bouche pour que l’on comprenne de quel côté penche son cœur.

Auteur de Je me souviens (2002), un film qui traite de l’antisémitisme et de la sympathie pro-nazie au Québec entre les années 1930 et 1945, Scott a pris soin de bien doser les séquences de son dernier reportage. Après avoir décortiqué les scènes et les interventions de chacun des participants, on constate que 75 % du temps est aimablement accordé aux bien-pensants et à peine le quart est laissé à ceux qui ont des questionnements sur ce bien-vivre ensemble.

À elles seules, les apparitions de Philipe Tomlinson et de Mindy Pollak remplissent 30 % du grand écran. Ça inclut la courte, mais combien féérique procession à la chandelle organisée en tandem par le lobby hassidique et les membres de la formation politique de Valérie Plante. On aurait dit que les apôtres de l'Amour infini s'étaient emparés de l'hymne enfiévrant (à écouter!) de Renée Claude :

«C'est le début d'un temps nouveau
La terre est à l'année zéro

La moitié des gens n'ont pas trente ans
Les femmes font l'amour librement
Les hommes ne travaillent presque plus
Le bonheur est la seule vertu
»

Au fond, Scott s’est simplement trompé de titre. C’est Projet Montréal et les hassidim qu’il aurait dû baptiser son publireportage.

Le fameux rassemblement à la chandelle du 5 décembre 2016. Valérie Plante y avait évidemment participé. Ce soir-là, l'activiste Cheskie Weiss qui joue dans le film de Scott claironnait que c'était le premier jour d'un nouvel Outremont. Trois ans et demi plus tard, avez-vous vu le début du commencement d'un temps nouveau?

L’un des moments les plus insultants du film nous est offert par Tomlinson. Le pauvre gars se lamente de «l’œil au beurre noir» qu’aurait asséné à Outremont le processus référendaire sur les lieux de culte de l’avenue Bernard. Va-t-il falloir lui rappeler que c’est lui-même qui a chaussé ses grands «flat foot» pour aller déposer en personne la demande d’ouverture d’un registre référendaire en septembre 2016? S’il y a eu discorde, mésentente et emballement des médias, il en est le principal responsable. 


Tomlinson affirme sans ciller des yeux qu'il y avait plusieurs enjeux au référendum de la rue Bernard. «Est-ce qu'on veut des lieux de culte? Est-ce qu'on ne veut pas les lieux de culte? Est-ce qu'on accepte les lieux de culte dans l'arrondissement?» Ce qu'il raconte, c'est du grand n'importe quoi. Le référendum n'impliquait absolument rien d'autre que la question de l'implantation de lieux de culte sur ce tronçon commercial de l'avenue Bernard. Le maire a dit encore pire que ça. Il soutient qu’Outremont ne permet plus l’installation de nouveaux lieux de culte sur son territoire. Pollak beurre aussi épais en soutenant faussement que les lieux de culte sont interdits sur tout le territoire. C’est de la pure désinformation. 

Si l’arrondissement peut, de plein droit, réglementer l’établissement d’un lieu de culte, il n’a pas absolument pas le droit de l’interdire sur l'ensemble de son territoire. 

Mindy Pollak a de méchantes pertes de mémoire. Appuyée par Tomlinson, son conseiller politique de l’époque, Pollak semble avoir oublié que le 7 mars 2016, elle avait voté contre (voir la vidéo) la proposition de l’administration Cinq-Mars d’ouvrir une zone (appelée C-6) pour permettre l’implantation de nouveaux lieux de culte sur l’avenue Durocher, juste au nord de Van Horne.
 

Tomlinson était pourtant assis juste derrière moi, le 7 mars 2016, lorsque j'ai déploré (écoutez mon intervention) le vote négatif de Pollak et félicité la mairesse Cinq-Mars et les trois autres conseillères d'avoir voté pour l'ajout de la zone C-6. 

Si vous voulez vraiment crier (ça fait parfois du bien en période de confinement!), je vous invite à cliquer sur la photo de l'Oncle Tom ci-dessous pour visionner quelques-uns des propos fallacieux que lui et Pollak tiennent dans le film. Ça ne prend que deux minutes, mais ça restera gravé longtemps dans la mémoire des citoyens. Vous entendrez, en prime, la déclaration préélectorale de Tomlinson affirmant solennellement qu'il respectera le résultat du référendum. Pas de saints dangers, par contre, qu’il avoue nous avoir trompés.

https://youtu.be/dka76Up8h7U
Cliquez sur la photo pour entendre le mépris que nous voue de notre bon maire.


Tomlinson est très touchant lorsqu'il décrit sa conseillère comme un modèle d'intégration, d'ouverture et de proximité. En regardant aller Mindy Pollak, peut-être que Philipe pourrait se demander si sa protégée est plus inspirée par l'envie de faire un coming out communautaire ou de remplir la mission de défendre la cause supérieure de la grande secte que lui ont confiée ses dirigeants. Presque trentenaire, sans mari, ni enfants, elle dévie complètement de ce que l'auteure Myriam Beaudoin appelle «les facultés féminines de bonnes femmes de la maison» qu'on inculque coûte que coûte à toutes ses petites voisines hassidiques du quartier et du monde. 

Dans le film, Mindy Pollak a beau clamer que les hassidim de sa génération sont plus ouverts que la génération de leurs parents et grands-parents et «plus prêts à avoir des relations de confiance avec [leurs] voisins», elle n'est aucunement représentative des membres de sa communauté.

Mindy Pollak, conseillère de Projet Montréal dans Outremont

Tomlinson devrait franchement nous lâcher les baskets et s'excuser pour ses accusations à deux balles sur les citoyens supposément haineux. Il est carrément imbuvable lorsqu'il nous pointe directement du doigt comme étant des gens remplis de préjugés. 

Les Outremontais sont-ils morons au point de penser, comme le dit Tomlinson, que chaque hassidim est la copie carbone de tous les hassidim? À ce petit jeu-là, on pourrait lui demander si l'inverse ne serait-il pas tout aussi vrai? C'est quand même rigolo de voir Tomlinson se servir du cas particulier de Mindy Pollak pour nous amener à croire que le rapprochement avec les hassidim est possible.

De son côté, Pollak fait des pieds et des mains pour nous convaincre que les citoyens hassidiques sont d'abord et avant tout des êtres humains qui agissent de façon individuelle. Bien sûr que chacun n'agit pas de la même façon face au monde extérieur, mais c'est faire bien peu de cas du contrôle inéluctable qu'exercent les rabbins-empereurs sur l'ensemble de leurs ouailles. La philosophie du hassidisme repose sur «l'anéantissement de soi-même», comme l'explique, sur les ondes de la radio torontoise CHOQ FM, Norman Cornett, ancien professeur à la faculté d'études religieuses de l'Université McGill.

Au sein du monde hassidique, l'individu a très peu de marge de manoeuvre et il doit s'incliner, voire s'effacer devant l'intérêt supérieur de la secte. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que les autorités religieuses privent leurs enfants d'une éducation séculière digne de ce nom, les empêchent d'interagir avec nos enfants et qu'on leur instille la peur morbide du monde extérieur. C'est la recette idéale pour pouvoir les tenir en laisse et garder le contrôle sur tout un chacun.

On n'en peut plus de la petite vision du bien-vivre ensemble de Tomlinson basée sur une harmonie «gazon à gazon». Le problème n'est pas tellement notre voisin de droite ou de gauche. L'os, c'est bien plus l'entité communautaire sectaire qui aspire à l'expansion d'un ghetto qui permet, autant que faire se peut, l'exclusion des hors-castes et l'isolationnisme.

De la paranoïa, vous dites? Je laisse le mot de la fin à Norman Cornett qui, le 14 avril dernier, commentait le film d'Eric Scott.

«Quand on regarde une grande fête d’Outremont, on se rend compte à quel point la communauté hassidique occupe la place publique, pour ne pas dire l’investit et même, l’envahit. 

 On est à contre-courant, puisque dans la société postmoderne, au Québec, c’est le sécularisme. On est aux antipodes et les hassidim font très exprès d’épouser l’altérité. 

C’est le principe opérateur de la séparation, de la mise à part. Ils insistent là-dessus. La question de l’intégration devient problématique et le fait que la religion occupe, investisse et envahisse l’espace public, c’est une autre problématique que soulève ce documentaire.»

En expliquant que le hassidisme a été justement fondé en opposition au Siècle des Lumières, le professeur Cornett se demande dans quelle mesure il sera possible de trouver des solutions à cette volonté farouche de séparation et de mise à part des hassidim pour lesquels la loi divine prime sur d'autres considérations comme, par exemple, la résistance au confinement qui a donné ce que l'on sait aujourd'hui.

Allez! Un peu de patience. Je vous donne rendez-vous pour la Part Two du documentaire!