dimanche 19 mars 2017

LE MULTIRÉCIDIVISTE


Depuis que le conseil d’arrondissement d’Outremont a annoncé, en janvier 2015, son intention d’entreprendre une réflexion sur la pertinence de permettre l’établissement de nouveaux lieux de culte sur l’avenue Bernard, rumeurs et désinformation se sont propagées à qui mieux mieux.

Tant avant qu’après la tenue du référendum du 19 novembre 2016, des médias réputés sérieux ont fait concurrence aux réseaux sociaux pour propager des nouvelles inexactes, quand elles n’étaient pas carrément fausses.

Je pense, par exemple, à ce reportage de Radio-Canada dans lequel on affirmait, au lendemain du vote référendaire, que «le résultat [du référendum] bloque un projet de synagogue… pour lequel un permis avait été accordé». La tendance étant aux faits dits alternatifs, la société d’État ne voulait peut-être pas être en reste.

Contrairement à ce que racontait Radio-Canada, l’arrondissement d’Outremont n’a jamais bloqué le projet de synagogue pour lequel il avait donné son aval.

Fort de ce permis émis par Outremont le 19 juin 2015, Michael Rosenberg, le propriétaire de l’immeuble a obtenu (et conservé) le droit de transformer en lieu de culte le sous-sol et le rez-de-chaussée (1636 pi2 si on se fie à ses dires) qu’occupait l’ancien club Passeport Vidéo, au 594 Champagneur. Le19 octobre 2015, l’arrondissement lui a même octroyé un permis de construction (no C-43489) pour I' exécution de travaux dans l’enceinte du futur lieu de culte.

C’est sans parler de cet autre permis qu’Outremont lui avait déjà délivré le 25 mai 2015 pour l’édification d’un bain rituel purificateur (mikveh) qui occuperait l’espace du restaurant Poulet fusée, au coin de Bernard et Champagneur.

Michael Rosenberg, le PDG de la multinationale Rosdev, poursuit la Ville pour qu'on lui permette de pratiquement quintupler la superficie de la synagogue de l'avenue Bernard pour laquelle il avait demandé et obtenu un permis au printemps 2015.
 
Cliquer ICI pour voir la nouvelle mise à jour de son reluisant dossier. 

Hélas! En avril 2016, soit près d’un an après la délivrance du permis pour l’aménagement du lieu de culte et plus d’un mois après que le conseil d'arrondissement eut adopté une première version d’un règlement visant à supprimer l'usage communautaire sur l’avenue Bernard, Rosenberg se ravise.

Du jour au lendemain, il réclame un agrandissement supplémentaire de 6087 pi2 pour sa synagogue. C’est près de cinq fois la superficie qu’il avait demandée et obtenue au printemps 2015.

En vert, sur la façade de l'immeuble donnant sur la rue Champagneur, les espaces accordés en mai et juin 2015 par l'arrondissement d'Outremont pour accueillir la synagogue et le mikveh. En rouge,  les espaces contestés pour l'agrandissement de la synagogue que le promoteur hassidique a demandé près d'un an plus tard.
 
 

 
En vert, sur la façade de l'immeuble donnant sur l'avenue Bernard, l'espace accordé pour le bain rituel. En rouge, les espaces contestés pour l'agrandissement de la synagogue.
 
Ce n’est pas par hasard que Rosenberg a fait sa demande d’agrandissement le 4 avril 2016. C’était tout juste quelques heures avant que ne soit déposé à la séance du conseil l’avis de motion destiné à l’adoption du nouveau règlement sur les lieux de culte. En agissant ainsi, le promoteur a manifestement cherché à prendre de vitesse la Ville qui avait entamé depuis belle lurette le processus de révision du règlement de zonage.

À peine avait-il déposé sa troisième demande de permis que le grand spécialiste des entourloupettes violait vraisemblablement les termes des permis qu’il avait obtenus, en plus d’entreprendre des travaux dans la partie de l’immeuble pour lesquels il n’avait même pas de permis.

Dès avril 2016 et pendant des mois, il semble que des «jobbeurs» (la Commission de la construction du Québec a pris ce dossier en main) aient été engagés pour faire des travaux de démolition dont certains n’auraient pas été autorisés.

Les anciens bureaux du groupe Sutton ont été complètement dégarnis sans permis. Photo tirée d'un reportage de TVA

Ainsi, outre le fait que les ouvriers ont utilisé de la machinerie au diésel sans aération adéquate et entrepris d’enlever des matériaux contenant de l’amiante sans respecter aucune norme de sécurité, le local qui abritait les bureaux du courtier immobilier Sutton a été complètement dégarni en toute illégalité, le 3e permis n’ayant pas été accordé. Les gicleurs ont été rendus inopérants sans même qu’une protection antifeu adéquate ait été mise en place pour protéger les appartements qui se trouvent aux étages supérieurs. 

L'été dernier, pendant plus d’un mois et demi, alors que l’immeuble était habité, le système d’alarme de l’édifice a été débranché. Au rez-de-chaussée, des dalles de béton auraient été enlevées sans autorisation, causant apparemment un affaiblissement de la structure de l’immeuble. 

C'est du côté sud-est de l'immeuble que la structure semble avoir le plus souffert des travaux effectués sans autorisation. Photo tirée d'un reportage de TVA

C’est le 21 décembre 2016, le jour même où les inspecteurs de l’arrondissement ont officiellement ordonné la fermeture du chantier délinquant, que Rosenberg a déposé une poursuite contre la Ville de Montréal pour la forcer à lui délivrer ce troisième permis de construction que l’arrondissement ne lui a pas accordé. Si ce n'est pas la preuve que Radio-Canada avait tort de prétendre qu’Outremont bloquait un projet pour lequel un permis avait été délivré, je ne sais pas ce que c'est.

Il sera fort intéressant de voir de quel côté penchera la Cour supérieure. Mais même si un jugement devait lui être favorable, Rosenberg ne pouvait, entre temps, exécuter les travaux pour lesquels il est sans permis. 

Pas barré à 40, le président de la multinationale Rosdev a pourtant choisi de défier les règlements et tenté d’imposer sa loi. Le 26 décembre 2016, soit cinq jours après que son chantier ait été formellement fermé par les inspecteurs, Rosenberg a fait reprendre les travaux comme si de rien était.

Ce jour-là, les pompiers sont appelés sur le chantier et ordonnent aux ouvriers de quitter les lieux. Ces derniers obtempèrent, mais selon les locataires, dès le lendemain (27 décembre) les «jobbeurs» s’activaient de plus belle.

Peu de temps après que les inspecteurs aient ordonné la cessation des travaux, l'affichette a été enlevée et les «jobbeurs» ont réinvesti le chantier comme si de rien n'était.

Cette façon de faire de Michael Rosenberg est tout à fait conforme à son habitude. Le potentat avait agi exactement de la même façon durant les années de travaux illégaux qu’il avait entrepris à sa synagogue du 5253 Hutchison, entre 2003 et 2009. Cliquer ICI pour prendre connaissance d'une petite partie du dossier Rosenberg. Vous verrez que la similitude dans sa façon d'opérer est frappante.

Pour le dossier complet du multirécidiviste, cliquer ICI

À plusieurs reprises, entre 2003 et 2009, Rosenberg a contrevenu aux avis de fermeture de chantier de sa synagogue du 5253 Hutchison.

À l'époque (comme aujourd'hui!), se croyant tout permis, lui et ses hommes avaient joué au chat et à la souris avec les autorités, défié les ordonnances de fermetures de chantier, en plus de recourir à des «jobbeurs» à qui il a fait exécuter des travaux sans détenir de permis. Il profitait allègrement du temps des fêtes de Noël, période pendant laquelle les inspecteurs et l’administration municipale sont en congé. 

Il aura fallu la diffusion par TVA d'un reportage sur ce qui ne tournait pas rond sur le chantier pour que Michael Rosenberg consente enfin à rencontrer les locataires de l’immeuble alors que ces derniers demandaient une telle rencontre depuis des mois. Rosenberg leur aurait laissé entendre que tout se passait normalement et qu'il n'y avait pas de quoi s'inquiéter.
Vue aérienne de l'immeuble pour l'évaluation approximative des superficies.

À qui lui demande, lors de cette réunion, ce qu’il adviendra des bureaux du groupe Sutton, le promoteur raconte que cet espace ne sera pas transformé en synagogue, mais en salles de réunions commerciales. 

Pourtant, dans la poursuite qu’il avait déposée deux mois plus tôt, le PDG de Rosdev réclame bel et bien 6087 pi2 supplémentaires aux 1636 pi2 qu'il a déjà pour sa synagogue. Et ce serait sans parler de la superficie dont il dispose pour son local de bain rituel que nous évaluons à environ 900 pi2 (on refuse de nous dévoiler ses dimensions). Tout compte fait, on arriverait à au moins 8 600 pi2 d'espace réservé uniquement à des activités religieuses. 

Quand on sait que les deux premiers étages de l'immeuble représentent autour de 9 000 pi2, on est en droit de se demander s'il restera encore de l’espace pour y installer ne serait-ce qu'un comptoir de crème glacée grand comme un confessionnal au rez-de-chaussée de cet édifice qui se trouve au cœur du centre récréo-culturel d’Outremont.

Dire que le 18 novembre 2015, Michael Rosenberg avait réuni une vingtaine de commerçants de l’avenue Bernard au restaurant La Muse pour leur dire que pas plus de 30 ou 40 de ses coreligionnaires viendraient y faire leurs ablutions le matin. Le promoteur hassidique leur avait même garanti qu’aucune femme ne serait autorisée à utiliser le bain rituel.

Fiou ! Que des hommes! Voilà enfin une bonne nouvelle pour les commerçants.

samedi 18 février 2017

L'ART D'EXPLOITER UN MASSACRE


Il y a une dizaine de jours, des imbéciles ont eu la très brillante idée de dessiner des croix gammées sur les capots enneigés de quelques voitures stationnées en bordure de la rue Hutchison. Un geste aussi con que déplorable qui a été repris par CTV, Global News, The Gazette et La Presse. Il n’y avait pas mort d’homme, mais dans le contexte actuel, ces signes tracés dans la neige n’allaient certainement pas passer inaperçus.

Le 12 février, des activistes ultraorthodoxes ont publié sur leur site Outremont Hassid, un article rédigé par Leila Marshy. Il s’agit d’une pièce d’anthologie. 

Le hasard faisant bien les choses, ce petit lynchage médiatique bien orchestré se produit deux jours pile après que Projet Montréal ait tenu une réunion préparatoire à la prochaine campagne électorale de Mindy Pollak, sa conseillère hassidique dans Outremont. 

Se souvenant qu’en 2013, j’avais bien failli remporter l’élection dans le district Claude-Ryan d’Outremont à titre de candidat indépendant, Projet Montréal craint peut-être que cette fois, je la coiffe au poteau. D’ailleurs, Leila Marshy ne s’en cache même pas. «Il y a trop d’enjeux en 2017, dit-elle, pour continuer de permettre ce genre d’absurdités.» Les absurdités étant, bien sûr, mon militantisme.

Cette attaque survient également quatre jours après qu’un reportage télévisé nous ait révélé que Michael Rosenberg, le promoteur de la nouvelle synagogue qui aura pignon sur rue sur l’avenue Bernard (coin Champagneur) s’est (encore!) fait pincer par les inspecteurs municipaux en train d’y effectuer des travaux sans permis.


Après toute la polémique sur l’interdiction des nouveaux lieux de culte sur l’avenue commerciale, nous aurions pu croire que les leaders hassidiques se seraient gardé une petite gêne, au moins le temps que la poussière du référendum retombe. Pensez donc! Pour faire diversion, l’occasion était trop bonne de me diffamer (je pèse mes mots!)

Avant même d’entamer sa diatribe, Leila Marshy déforme déjà les faits en s’arrogeant le titre de fondatrice de l’association Les Amis de la rue Hutchison. Or c’est faux.

Depuis le lancement de cette page Facebook, en juin 2011, Mindy Pollak et Leila Marshy n’ont eu de cesse de clamer sur toutes les tribunes (journaux, radio, télé, etc.) qu’elles en sont les cofondatrices. L’omission n’est pas fortuite. Quand on souhaite exécuter un opposant et que l’on prévoit utiliser des méthodes, disons, de basses oeuvres, on prend les mesures qu’il faut pour protéger sa reine et lui éviter d’être éclaboussée. Voilà que d’un simple coup de plume, Mindy Pollak n’est plus cofondatrice de la page Facebook.

Elle m’attaque d’abord par le biais d’une image (photo 1) qui m’immortalise dans une pose suggérant l’agression. C’est de bonne guerre. Quand on décide de s’impliquer et de débattre à visière levée d’enjeux publics, il faut s’y attendre et cela ne me choque pas.
 
Ces quatre prises de vue ne sont pas de moi. Je remercie les Friends of Hutchison Street pour ces beaux témoignages.

Cela dit, sachez tout de même que cette image est un polaroïd d’une fraction de seconde dans le cadre d’un évènement qui aura duré près de deux heures.

Au cours de ce « get together » qui s’est tenu le 6 mai 2012 (et non en juin comme le prétend Marshy), on peut également me voir pris à partie par un opposant véhément (photo 2), puis échangeant une bonne poignée de main avec un de mes voisins de palier ultraorthodoxe (photo 3) et me payant une pinte de bon sang… même avec la mère de Mindy Pollak (photo 4).

Il me semblait alors essentiel de faire entendre notre voix. Après tout, il s’agissait de la première réunion organisée par ce groupe. À la fin de la réunion, comme on me refusait de reprendre le micro, j'ai tenté de dire à l’auditoire (voir la vidéo de huit secondes) qu’il leur serait illusoire d’espérer créer des ponts entre les différentes communautés s’ils s’obstinaient à ne pas tenir compte du point de vue et des griefs de la majorité francophone. Le dicton yiddish ne dit-il pas «Mit eyn tokhes ken men nit tantsn af tsvey khasenes!»?* 
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*  «Un derrière seul ne peut danser à deux mariages ou si vous préférez, «It takes two to tango!» 
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On voit aujourd’hui où a mené ce déni total et ce refus catégorique d’aborder les problématiques pourtant bien réelles soulevées par de nombreux citoyens d’Outremont qu’elle et ses amis de la rue Hutchison qualifiaient (et qu’ils qualifient toujours!) de xénophobes haineux et obtus.

Leila Marshy ne résiste pas à la tentation de faire des amalgames vicieux. «La dernière élection américaine, dit-elle, semble avoir autorisé le monde entier à être raciste, intolérant, méchant et stupide. Le récent massacre à la mosquée de Québec et même les croix gammées sur les voitures d’Outremont cette semaine en témoignent.» Quelle récupération grossière et ultra démagogique d’évènements tragiques!

Hélas, c’était écrit dans le ciel que les intégristes et les pseudoprogressistes de tout crin allaient profiter de ce carnage pour tenter de bâillonner ceux et celles qui mènent des combats légitimes en les accusant d’être porteurs du germe de la peste xénophobe et du fascisme.

Avec quelle aisance Marshy distribue-t-elle les anathèmes contre ceux qui ne marchent pas dans ses traces sacrées! Le fait de dénoncer les comportements délinquants comme celui que j’ai évoqué plus haut me vaudrait un jour le titre de Boucher d’Outremont?

Marshy me qualifie publiquement de «fomentateur de haine». Je lui conseille ardemment d’aller lire l’article 319 (1) et (3) du Code criminel canadien et à réfléchir sérieusement à l’accusation qu’elle me porte. Si elle persiste, je lui suggérerais de faire un pas de plus en se rabattant sur l’article 318 du même code. Il traite de l’encouragement au génocide.

Par ailleurs, en matière civile, ses propos sont de la pure diffamation. Et croyez-moi, je sais de quoi je parle. Accusé de diffamation par Michael Rosenberg, son fils Martin et leur acolyte Alex Werzberger, la Cour supérieure a retourné mes poursuivants comme des crêpes. L’honorable juge qui présidait le procès a statué on ne peut plus clairement et sans aucune réserve que le contenu de mon blogue est socialement utile, que ma démarche d'enquête est diligente, que mes sources d'information sont valables et que mes propos ne sont pas haineux. Même les trois juges de la Cour d’appel du Québec ont recalé Julius Grey qui avait eu la bonne idée de porter leur cause perdue en appel.

Après être passé deux fois plutôt qu’une dans le fin tamis purificateur de l’appareil judiciaire, je ne me laisserai certainement pas intimider par ces élucubrations apocalyptiques. Et on ne parviendra pas à me faire taire en tentant de me faire porter le blâme et l’odieux de l’éventuel geste fou d’un fêlé de la trempe d’un Bissonnette.

Le reste du brûlot diffamatoire de Leila Marshy est tout aussi fallacieux, chafouin et perfide. Prétendre qu’elle et ses amis viennent tout juste de prendre la décision de me combattre est pure bouffonnerie. Depuis 2011, les cofondatrices de Friends of Hutchison Street, leurs amis et leurs mentors hassidiques n’ont eu de cesse de prétendre que les faits que je rapporte dans mon blogue ne sont que «calumny, misinformation, outright lie and intimidation», que mon travail est «Mcarthy-Pinochet-Nazi propaganda». On me qualifie de Goebbel, SS, Jew hater et j’en passe!

Les allégations sont légion, aussi ridicules, par exemple, que cette affirmation clownesque de Marshy voulant que je «puni[s] sauvagement» les élues qui accorderaient des «concessions» à la communauté hassidique. J’ai orchestré un coup d’État sanglant, peut-être?

Il y a pire que les allégations loufoques. Son texte est un ramassis de faussetés, de demi-vérités tronquées, de suppositions tendancieuses et malhonnêtes quand il ne s’agit pas d’inventions pures et simples.

Je la mets au défi de présenter le début du commencement d'une preuve de ce qu’elle avance. Où ai-je prétendu que les voisins qui désirent nouer le dialogue avec les hassidiques sont des lobbyistes payés? Où? Qu’ai-je écrit dans ma chronique du 22 janvier 2017 qui soit mensonger? Je veux savoir. Ne serait-ce que pour faire amende honorable et me confondre en excuses. Dites-moi quels journalistes j’aurais accusés d’avoir subi un lavage de cerveau? 

Je ne perdrai pas mon temps à débattre de son opinion à propos de mon statut professionnel ou de mes qualités journalistiques. Non seulement cela est-il totalement « irrelevant », comme on dit dans la langue de Shakespeare, mais jamais, au cours de ces neuf années de militantisme citoyen, n’ai-je prétendu, ni de près, ni de loin, agir à titre de journaliste.

Quant à son appréciation de mes caricatures, je ne lui contesterai pas le droit d’aimer ou de détester. Au cas où Marshy ne l’aurait pas remarqué, toutefois, ma dernière caricature remonte à il y a pratiquement trois ans (22 mars 2014), soit exactement quatre jours après que mes poursuivants aient été déboutés en Cour d’appel du Québec.

Le hasard faisant bien les choses, cette chronique de 2014 traitait justement d’un sujet toujours d’une brûlante actualité en ce moment, soit le port de signes religieux au sein de l'appareil de l'État. À l'époque, comme aujourd’hui, Philippe Couillard soutenait qu’on n'a pas à légiférer sur les libertés tant que le problème n'existe pas. Nous sommes bien avancés aujourd’hui, n’est-ce pas?

Mon antagoniste revient également sur la campagne électorale de 2013. Elle affirme que lorsque je me suis porté candidat, j’aurais suspendu mon blogue et créé un nouveau site Web «très anodin et totalement nettoyé de toute trace de mes obsessions». Une fois de plus, elle démontre qu’elle n'est qu'une vulgaire adepte des «faits alternatifs» dont raffole Donald Trump.

Entre février (moment où j’ai annoncé ma candidature  pour briguer le poste de conseiller municipal) et novembre 2013, j’ai publié pas moins de 16 chroniques sur mon blogue. N’importe qui ayant accès à Internet peut le vérifier sur le champ. Au plus fort de la campagne électorale, je n’ai pas eu le temps d’écrire sur mon blogue, mais il n’a jamais été suspendu.

Quant à l’allégation gratuite de Marshy voulant que j’aie mené ma campagne en «faisant semblant de ne [m’]intéresser qu’au renouvellement urbain et à la plantation d’arbres», je rappelle que bien avant que je n’imagine me présenter un jour à des élections, j’ai mis en ligne sur mon blogue au moins cinq chroniques traitant de problématiques concernant les arbres et les ruelles vertes à Outremont. Par ailleurs, je ferai remarquer à Leila qu’en même temps que j’alimentais mon blogue, j’ai publié sur mon site électoral une chronique sur la question du bannissement des signes religieux ostentatoires dans la fonction publique.

Je termine sur une dernière photo que publie Leila Marshy sur laquelle j’apparais avec la légende «Lacerte harcèle un hassid, mai 2013». Or, elle n’était même pas présente sur les lieux au moment où les faits se sont produits. Ce qu’elle affirme n’est rien d’autre que du ouï-dire.

La réalité est tout autre. Le 31 mai 2013, c’est à la demande expresse (voir le courriel) de la journaliste Caroline d’Astous (La Presse) que je l’ai accompagnée sur le terrain avec son photographe. Mme d’Astous souhaitait voir «la prolifération des lieux de culte sur le Plateau Mont-Royal». Je l'ai guidée comme je l'ai fait pour Richard Bergeron et l'équipe de Projet Montréal, le 5 août 2010.



Nous voyant venir (le photographe était particulièrement bien équipé en matière de quincaillerie numérique), trois hassidim qui ne souhaitaient pas nous voir nous promener dans la ruelle (elles sont privées, sur le Plateau?) se sont mis à nous filmer (photo de gauche) et à nous interpeller. Ils étaient particulièrement agressifs à mon endroit. J’ai alors sorti mon appareil, ce qui m’a permis d’immortaliser leur comportement.

À la lecture de son texte et après avoir mis à l’épreuve la rigueur de son argumentaire, son souci du détail et sa grande intégrité, je me demande qui tente de «façonner le monde à son image»?

À vous de juger.

dimanche 22 janvier 2017

LE CLAN DES TZADIKIM



Ces dernières années, vous l’aurez peut-être remarqué, plusieurs groupuscules ont germé sur Internet dans le fertile terreau ultrareligieux d’Outremont et du Plateau.


Après que Mindy Pollak, adepte de la secte Vizhnitz et de Projet Montréal, eut lancé Friends of Hutchison Street, en 2011, sous la tutelle du lobbyiste ultraorthodoxe Mayer Feig, suivirent, en 2012, les pages Bill 613 et Outremont Hassid (l’un créé par un rabbin hassidique, l’autre par des activistes ultraorthodoxes), puis Rue Hutchison, un blogue mis en ligne en 2013 par Christian Aubry, un résident d’origine française se disant athée. En 2014, même les Filles et fils d'un Québec ouvert se sont joint à ce club sélect qui prêche le dialogue sincère, la paix sociale, la compassion, l’harmonie avec la communauté hassidique, le multiculturalisme à gogo, voire (qui peut être contre la vertu?) la paix dans le monde.

Depuis novembre 2016, dans la foulée de la campagne référendaire, une nouvelle vague d’amour et d’ouverture inclusifs s’est mise à déferler en ligne. Les Citoyens pour un Outremont inclusif, Le Pont d'Outremont et le Comité de promotion du pluralisme au sein des écoles d'Outremont sont apparus dans le paysage fleur bleue du quartier. Ce dernier groupuscule fermé qui compte 32 membres nous a été dévoilé lors de la dernière séance du conseil d’arrondissement.


Ça sentait presque la lavande dans la salle du conseil lorsque Mme Claire Trottier, soutenue par Jennifer Dorner, Rani Cruz, Bärbel Knäuper et Michelle Smith, s’est présentée au micro, le 9 janvier dernier, pour réclamer, au nom du nouveau comité, que la Kermesse Soleil du parc Beaubien se tienne dorénavant le dimanche plutôt que le samedi. 

Claire Trottier, Jennifer Dorner, Bärbel Knäuper, Rani Cruz et Michelle Smith

Le samedi étant jour de shabbat, Mme Trottier et ses coéquipières estiment que la communauté hassidique est injustement frustrée d’une occasion en or de célébrer main dans la main avec l’ensemble de la population outremontaise. Pour elles, maintenir la kermesse le samedi, c'est condamner les hassidim à être des laissés-pour-compte de la société. Cela va à l’encontre de l’idéal du mieux vivre ensemble.

Il fallait être particulièrement gonflé et avoir les doigts de pied en éventail pour formuler une telle requête. Mme Trottier ne semble même pas avoir réalisé que le dimanche, les enfants hassidiques sont tous à l’école et que pour rien au monde ils ne sécheraient leur endoctrinement religieux pour aller se frotter à des non-croyants aux mœurs dégénérées.
 

Claire Trottier présentant aux élues ses alliées sans peur et sans reproche dans la salle du conseil.

Pour qui fréquente le moindrement les célébrations et les évènements qui ont cours depuis des années dans l’arrondissement, le constat est pourtant très clair. Les dirigeants hassidiques ne favorisent pas (quand ils ne réprouvent pas) le rapprochement de leurs ouailles avec l’ensemble de la population goy. À leurs yeux, cela met en péril la cohésion du groupe, menace leurs valeurs identitaires et risque, à terme, d’encourager les défections, voire, oh! Horreur suprême, les mariages interculturels avec des non-juifs. Bref, les maîtres à penser craignent de perdre leur ascendant et le contrôle sur leurs disciples.

La mairesse Cinq-Mars a eu la présence d’esprit de rappeler à Mme Trottier que plusieurs évènements de l'arrondissement se tenaient les dimanches. Mais avec quel succès pour le vivre-ensemble?


À gauche, en 2013: le lobbyiste Mayer Feig, le seul hassidim à s'être montré le bout du nez lors de la  première édition de La foulée des parcs. À droite,le même évènement en 2016: les mamans hassidiques demeurent imperméables à l'évènement familial.

Depuis 2009, par exemple, Outremont en famille remue ciel et terre pour encourager les familles à développer un fort lien d’attachement au quartier. On doit à cet organisme à but non lucratif la création, entre autres, de La Foulée des parcs, un évènement dominical qui propose un parcours non compétitif de deux kilomètres à travers les espaces verts du quartier. Poussettes et marche à pied sont encouragées, ce qui a fait dire à Claire Isabelle Mauffette, la présidente de l’OBNL, que cette activité s’adressait directement aux mères de la communauté hassidique. Or en 2016, après quatre éditions, les familles hassidiques brillent toujours par leur absence.

Le Théâtre Outremont a bien tenté, lui aussi, de faire de sa scène un lieu de rassemblement où tous seraient les bienvenus. Il y a environ deux ans, Raymond Cloutier, son directeur général, avait même projeté le film Shekinah (Présence divine, en hébreu), une incursion promotionnelle bien orchestrée au sein d’une école ultraorthodoxe pour filles. Quelques rabbins, des juifs ultra-orthodoxes et beaucoup de juifs non orthodoxes s’y sont présentés, mais des tabous comme l’interdit de mixité sont vite venus à bout des bonnes intentions des organisateurs du théâtre.

Caricature de Beaudet

Cela n’est pas sans nous rappeler l’histoire qui avait entouré le lancement, à la bibliothèque d’Outremont, de Lekhaim!, un recueil de chroniques de la vie hassidique à Montréal. L'auteure, Malka Zipora, mère de 12 enfants élevés à Outremont, souhaitait peut-être faire un pont entre voisins de diverses origines, n'empêche qu'elle n'avait accepté de rencontrer des journalistes qu'à la condition qu’il n’y ait que des femmes à la conférence de presse et qu’on ne la prenne pas en photo. Allo le pont, toi!

Le mieux vivre ensemble serait donc le cri de ralliement de Claire Trottier et de ses alliées. On aurait bien aimé qu’elles nous expliquent pourquoi elles ont choisi de faire de la «promotion du pluralisme au sein des écoles d’Outremont» leur cheval de bataille.

Après tout, mises à part les écoles illégales ségrégationnistes de la communauté hassidique, le pluralisme n’est-il pas déjà une valeur promue dans nos écoles? Blancs, noirs, asiatiques, laïcs, musulmans, juifs, chrétiens, francophones, anglophones, allophones ne sont-ils pas accueillis bras ouverts et éduqués sur les mêmes bancs d’école, tant au primaire qu’au secondaire? N’est-ce pas là un bel exemple du «vivre-ensemble»? Bien sûr, tout est perfectible, mais nous sommes quand même à des années-lumière des écoles hassidiques qui prônent le ségrégationnisme, l’exclusion et le «vivre-à-côté», une expression de mon ex-collègue Lise Ravary.

Il faut tout de même dire les choses comme elles sont. Les membres de ce comité font preuve d’une sensibilité plus qu’à fleur de peau.

Si vous ne connaissez pas Jennifer Dorner, vous aurez peut-être entendu parler du scandale dont elle avait été à l’origine. C'est elle qui avait vertement dénoncé des enseignantes de l’école Lajoie d’Outremont lors de la rentrée scolaire d’août 2016. Celles-ci avaient eu le malheur d’accueillir les jeunes enfants du primaire avec des coiffes autochtones. Ce n’était peut-être pas l’idée du siècle, mais de là à les scalper sur la place publique… 

Voilà le traitement qui a été réservé à cette enseignante du primaire de l'école Lajoie et qui a éclaboussé toute l'école.

Jennifer Dorner, aujourd’hui une administratrice du Comité de promotion du pluralisme au sein des écoles d’Outremont, avait décoché sa flèche, estimant que plusieurs autochtones jugent qu’une coiffe portée par un étranger est un geste irrespectueux.

Quand c'est Justin Trudeau qui porte la coiffe sur l'«Île de la Tortue», il n'est pas déguisé. C'est vrai que lui, peut s'offrir un vrai panache de plumes d'aigle. À droite, Jennifer Dorner immortalisée tout contre le beau Justin.

Sur sa page Facebook, l’activiste radicale avait placé et louangé un texte «éloquent», véritable cri de guerre de son ami Elwood Jimmy: «C’est ce manque d’ouverture, ce racisme, cette ignorance obstinée qui tuent les Autochtones et les Noirs partout sur l’île de la Tortue (l’Amérique du Nord, pour les Autochtones du Canada). Des enseignantes comme celle-là permettent au racisme de se développer, DE TUER. J’encourage les Blancs à réfléchir à cela, et à intervenir lorsqu’ils entendent d’autres Blancs tenir des propos racistes. Ils pourraient vraiment sauver la vie d’un Autochtone ou celle d’un Noir.» Les pauvres enseignantes y ont perdu des plumes.

Pour les rachever, Jennifer Dorner avait également placé un commentaire de son propre cru sur sa page: «Mon mari vient de l’Allemagne et nous sommes très conscients de ce qui se passe quand une culture dominante impose leurs idéologies. Nous vivons dans une société pluraliste sur des terres autochtones.» Quel amalgame subtil! 

Les Outremontais francophones auraient donc un dangereux penchant pour la chemise brune! Si ce n'est pas là un préjugé épouvantablement infamant et dégradant à l'égard des francophones, on se demande bien ce que c'est.

Confrontés à de tels apôtres de l’amour infini qui prétendent «favoriser une compréhension et respectueuse entre les diverses personnes d’Outremont», comment ne pas être saisis en les entendant commenter le résultat du référendum de l’avenue Bernard et dénigrer les 1561 résidents qui ont voté OUI? 

Pour combattre le «règlement discriminatoire», le mouvement United Outremont Kehilos (des chanteurs, si je ne m'abuse) a entrepris une campagne de financement. En deux mois, à 11 personnes, ils sont parvenus à amasser 774 beaux dollars.

Contrariée par ceux qui ne partagent pas sa vision du monde, Claire Trottier a dénoncé en anglais sur Facebook cette «victory for intolerance, ignorance, and fear» (sa version française dans laquelle elle remercie sa "cousine-dans-la-loi " est une vulgaire traduction électronique!). Ulcérée, elle n’a pas pu s’empêcher d’ajouter : «So much of this mirrors what I see happening in the US following Trump's victory.»



Fort en sophismes, Christian Aubry en a rajouté une couche, parlant d’intolérance, de conservatisme, d'ethnocentrisme et d’intégrisme laïque, sans oublier, bien sûr que «L'esprit de Donald Trump, du Brexit, de la Hongrie réactionnaire et des radios-poubelles de Québec vient de débarquer à Montréal.»

Ne voulant surtout pas être en reste, la conseillère Mindy Pollak a, elle aussi, établi un lien entre la politique de l'arrondissement d'Outremont et les élections américaines dans une interview qu'elle a accordée au web-zine Faith in Canada.

S’il est devenu bon ton d'accuser de
«trumpisme»  tous ceux qui ne pensent pas comme Mindy, nous conseillerions à Pollak de se garder une petite gêne.

Au cas où elles et ses amis ne l’auraient pas réalisé, le New York Times nous apprenait, deux jours après les élections américaines, qu'à New York, château fort d’Hillary Clinton, c’est la communauté juive ultraorthodoxe de Brooklyn qui a offert le plus grand soutien au scabreux Donald Trump. Faut-il rappeler que plusieurs des coreligionnaires de Mindy Pollak qui vivent à Outremont ont droit de vote au pays de l'Oncle Donald? Parions que les propos du candidat à la touffe jaune sur l’interdiction d’entrée des musulmans (ou leur expulsion  des ÉUA), le soutien encore plus renforcé à Israël et le transfert de la capitale de Tel-Aviv à Jérusalem auront, entre autres, été du plus bel effet sur certains de nos voisins ultraconservateurs de la rue Hutchison.

Il y a quelques années seulement, les progressistes d'Outremont qui vilipendent aujourd'hui Trump, pestaient contre Harper qui était de la même eau, vulgarité en moins. Tout ce beau monde se souvient-il seulement qu'à l'époque, Michael Rosenberg, le plus puissant hassidim de notre arrondissement était un pilier politique du Parti conservateur?

Autocollants de pare-chocs en anglais et en yiddish en faveur de Trump dans la communauté hassidique de Brooklyn Crédit photo: Christian Hansen, The New York Times

Il est intéressant de constater que chez nous, les militants de cette mouvance pro-hassidique sont surtout des militantes.
Des femmes intelligentes, parfois bardées de diplômes. Bacs, maîtrises, doctorats rattachés aux sciences politiques, au génie civil, à la santé publique, la psychologie, les médias et communications, les arts et lettres. Certaines ont des CV se déclinant sur... 38 pages!

Tantôt originaires de Montréal, de Nouvelle-Écosse, d’Ontario, du Manitoba, de Colombie-Britannique, des États-Unis et de plus loin encore, elles sont professeures agrégées, chercheuses, spécialistes de l’éducation, écrivaines, photographes, réalisatrices, artistes et (souhaitons-le!) féministes. On les retrouve, entre autres, à McGill, Concordia, Polytechnique, aux collèges Dawson et John Abbott, à l'UdM.

Ce qui nous interpelle, ici, c'est ce constat que des femmes ayant pu profiter d'un haut niveau d'éducation, des femmes libres de choisir leurs destinées, de se réaliser pleinement, d'assumer leur orientation sexuelle comme elles l'entendent, des femmes soucieuses de revendiquer leurs droits à l'égalité, à l'avortement et à bien d'autres choses encore, soient plus promptes à qualifier de xénophobes, de racistes, d'intolérants et d'antisémites une majorité de francophones que d'œuvrer à promouvoir une émancipation qui serait pourtant favorable à des enfants assujettis à des dirigeants théocrates, machistes et contrôlants à outrance. 

Elles semblent incapables de dissocier leurs relations de proche voisinage de la question problématique du pouvoir ségrégationniste qu'exercent les leaders de ces sectes religieuses isolationnistes. De ce genre de sectes qu'un avis du Conseil du statut de la femme qualifiait de «microcosmes de dictatures où la liberté de pensée est brimée, où les femmes et les enfants sont discriminés».
Dans sa cabale en faveur de ses voisins ultraorthodoxes, Sarah Dorner, la sœur de Jennifer, fait sa part. Elle dit acheter des craies de trottoir par paquets de 50 pour inciter les petits hassidim à jouer dans la ruelle avec ses enfants. Elle semble ne pas vouloir aller au-delà des questions d'interactions occasionnelles de voisinage.

Que ces femmes soient anglophones ou qu'elles baignent dans un milieu où l'anglais prédomine souvent n'est pas un problème. D'autant moins que plusieurs d'entre elles parlent français.

Le clivage semble culturel, communautaire, idéologique et politique. Sans même aller puiser un seul nom dans les listes de sympathisants des sites ultraorthodoxes, on a vite fait de voir qui se rallie au clan des Tsadikim (les Justes, en hébreu) 

D’Adamson à Zieg, en passant par Botz, Chapman, Duffield, Eidl, Freedhoff, Gestetner, Hawkins, Jacobs, Krausz, Lafrenière, Mendelson, Neuhaus Whitman, Olivier, Pottel, Raillant-Clark, Shiller, Tenenbaum, Verna, Webster et Yates, la liste ne compte même pas 10% de francophones parmi les chantres du vivre et laisser-vivre absolu.

Tout ce beau monde peut bien accuser les Québécois francophones d'un supposé repli sur soi. Ont-ils seulement conscience de leur propre chauvinisme, de leurs préjugés crasses et de leur arrogance?

On n'a pas besoin d'un doctorat en esperanto pour s'apercevoir qu'une majorité des gens qui se manifestent en faveur du laisser-faire sont apparemment de culture, de confession ou de sensibilité juives. Ce n'est pas une tare. Ce n'est pas honteux. C'est tout simplement que ceci pourrait peut-être expliquer cela.




Il est intrigant de constater combien certaines de ces personnes se montrent outrées de l'épouvantable sort que les francophones font aux hassidim d'Outremont. Une grimace, de gros yeux, une escarmouche nous auraient-ils échappé? Certains ont déjà songé à recourir au Comité des droits de l'homme de l'ONU.

Étrangement, par contre, ces belles âmes sensibles ne semblent pas témoigner de la même empathie lorsqu'il s'agit, par exemple, de l'occupation et de la colonisation des terres palestiniennes ou du sort de ses habitants emmurés et  dépouillés jour après jour depuis 68 ans.

J'ai même une voisine qui est membre du Comité de promotion du pluralisme dans les écoles d'Outremont. Elle a signé la pétition de l'Université McGill pour dénoncer le mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) qualifié (évidemment!) d'antisémite.

Dans sa grande mansuétude, elle s'est tout de même engagée dans la pétition à «veiller à la préservation de l'ouverture, de la tolérance et de la civilité», ce qui, vous en conviendrez, rassurera les réfugiés des Territoires occupés de Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de la bande de Gaza.

Croyez moi. Sur ma rue, il n'y a rien de plus apaisant et de réjouissant pour les yeux et pour l'esprit que de voir cette voisine sereine chevaucher sa trottinette sur les trottoirs d'Outremont, cheveux d'or aux vents.