vendredi 29 octobre 2010

LE NIQAB MUNICIPAL

Le 4 octobre dernier, lors de la séance du conseil d’arrondissement, un avis de motion figurait à l’ordre du jour au point 10.05 (A) sous le titre Affaires nouvelles. Voici ce qu’on y lisait :

« Avis de motion — Modification à la Réglementation relative à la circulation et au stationnement — Inclusion de nouvelles dispositions permettant au conseil d'arrondissement d'adopter des ordonnances visant à permettre la levée des interdictions de stationnement. »

Tiens! Tiens. C’est ça qu’ils appellent des Affaires nouvelles? Woufff! Ça sent plutôt le réchauffé, pour ne pas dire le brûlé! Au point où nos détecteurs de fumée se mettent à sonner.

Croyez-le ou non, Marie Cinq-Mars et Louis Moffatt s’apprêtent une fois de plus à faire les quatre volontés d’Alex Werzberger et de Michael Rosenberg qui voudraient pouvoir laisser Jaguar et Lexus dans la rue lors des jours de fête religieuse et ce, même si les panneaux de stationnement l’interdisent.

Comme ils n’en démordent pas, la mairesse et son
conseiller envisagent d’officialiser la pratique illégale de couvrir d’un niqab en « Foamcore » les panneaux qui empêchent tant les intégristes religieux de se recueillir.

Un niqab en Foamcore comme ceux dont se sert Outremont pour couvrir les panneaux d'interdit de stationnement

Cette mesure remise à l’ordre du jour est d’autant plus choquante qu’il y a dix ans, soit le 17 juillet 2000, Marie Cinq-Mars, alors conseillère sous l’administration de Jérome Unterberg, avait voté — comme tous les autres élus de l’époque — l’abolition de l’article 18.11 du règlement de stationnement qui permettait justement de suspendre les interdits de stationnement pour les fêtes religieuses.

À l’époque, pensez-vous que les dirigeants hassidiques s’étaient formalisés du nouveau règlement 1330 qui leur niait le droit de garer leurs chars n’importe où et n’importe quand? Poser la question, c’est y répondre.

Dès 2001, pendant les fêtes de Pâques, 45 ultrareligieux ont délibérément choisi de faire de la résistance passive en ne déplaçant pas leurs voitures en contravention de la réglementation. Ils ont évidemment contesté les contraventions qu’ils avaient reçues en plaidant que le règlement municipal violait leur liberté religieuse.

Malheureusement pour eux, le 8 juillet 2003, l’honorable juge Raiche de la Cour municipale d'Outremont a rejeté leurs prétentions et les a condamnés à payer leurs contraventions comme tout le monde. Le Point d'Outremont en avait fait un bref compte-rendu.

Les intégristes n’ont pas baissé les bras pour autant. Ils n’ont même pas pris la peine d’interjeter appel du jugement. À quoi bon puisqu’il leur suffisait de faire un « deal » en coulisse avec les élus municipaux qu’ils manipulent à leur guise.

Ne me regardez pas comme ça; l’expression n’est pas de moi. C’est le président de la Coalition d'organisations hassidiques d'Outremont, Alex Werzberger, qui l’a utilisée le plus simplement du monde dans une entrevue accordée à L’Express d’Outremont, le 25 janvier 2007.

Dans le même article, le bon maire Harbour avait renchéri en soutenant que « c'est une décision qu'on a prise sur la recommandation de la Commission consultative sur les relations intercommunautaires ». N’ajustez pas votre appareil... vous avez bien lu. Faut-il vous rappeler qu’à cette époque, le puissant Michael Rosenberg siégeait de tout son poids à cette très bienveillante commission? Cliquer ICI pour prendre connaissance du compte-rendu de la Commission et de l'intervention de Rosenberg.

Tout ce beau monde a eu le culot d’affirmer que cette mesure n’allait pas uniquement profiter aux membres de la communauté hassidique. C’est sûr, c’est sûr, les goyim que nous sommes en avons joui comme ça ne se peut pas de cette levée d’interdit de stationnement pendant les fêtes juives.

Ce que nos élus ne nous disaient pas et qu’ils ne nous diront pas davantage aujourd’hui, c’est que c’est vous et moi qui payons pour ces caprices religieux d’un autre temps alors que le juge Raiche avait statué clairement que les besoins religieux particuliers ne doivent pas être à la charge de la société.

En avril 2003, par exemple, uniquement pour couvrir les panneaux d’interdiction de stationner dans le cadre d’un seul événement religieux, les contribuables du Plateau ont dû se farcir une facture de 2 248,66 $, tandis que les payeurs de taxes de Côte-des-Neiges, eux, ont assumé une note de frais de 6 369,01 $. En 2010, au tarif horaire des employés municipaux et du matériel roulant, vous ne voudrez pas savoir combien vous coûtent ces rituels théoconservateurs. Allez! Je vous épargne.

Pas satisfaite de passer outre à son règlement 1330 du 17 juillet 2000 et de s'essuyer les pieds sur le jugement de 2003 qui déboutait les prétentions des ultraorthodoxes, Marie Cinq-Mars cèdera-t-elle une fois encore à la pression des ultrareligieux? Nous le saurons lundi soir prochain, à 19 heures. C’est un rendez-vous à ne pas manquer à l’Hôtel de Ville d’Outremont, au 530, avenue Davaar.

Comme l’a déjà écrit le journaliste Michel C. Auger, le 22 janvier 2007, «Ne pas donner de contraventions à la communauté hassidique le jour du sabbat, c’est peut-être politiquement rentable pour le maire de l’arrondissement d’Outremont, mais ce n’est pas un accommodement raisonnable. C’est un privilège, ce n’est pas pareil.» Eh! Non. C'est vraiment pas pareil.


P.-S.: Parlant de levée d'interdiction de stationnement, voyez deux photos toutes récentes prouvant que Michael et Martin Rosenberg n'attendent pas que les niqabs soient posés sur les interdits de stationnement pour contrevenir aux règlements municipaux en la matière. On ne se refait, hélas! pas.





La voiture de Michael Rosenberg en double file devant sa synagogue de la rue Hutchison, le 22 septembre 2010








Martin dans la zone vignette 27, à 19h26,
le 26 septembre 2
010 (devant la même
synagogue)

4 commentaires:

Mariclaude Ouimet a dit…

La mairesse est toujours égale à elle-même: quand il s'agit d'accorder des faveurs aux Hassidims, son temps de réponse est extraordinaire et surtout éloquent !!

On se souvient que tout de suite après le Pourim (fin février), elle nous arrivait au conseil de mars avec l'idée de changer le nombre d'essieus des minibus pour permettre la circulation de plus gros minibus lors de cette fête!!

Au conseil du mois d'octobre, tout de suite après la fête du Souccoh (fin septembre), elle nous arrivait avec l'idée de permettre le stationnement lors de fêtes hassidiques !!

Hier, lors de la parade de la Nouvelle Torah, on ne s'entendait pas respirer tellement la musique était forte à cause des haut-parleurs ! Pourtant, le conseil avait accordé un permis de parade avec une condition spéciale: pas de haut-parleurs ! Pensez-vous vraiment que les flics ont fait quelque chose ? RIEN ! J'ai parlé avec plusieurs représentants de la police hier et ils m'ont tous répondu la même chose: qu'ils suivaient des consignes venus d'en-haut ! On n'a jamais voulu me dire qui était en-haut: le directeur de l'arrondissement, la mairesse, le directeur de police ou celui de la sécurité publique, Meyer Feig, Michael Rosenberg ou Dieu lui-même ??

À 15h00, la rue Querbes au niveau de Bernard, était fermée à la circulation locale. Pour tout le monde ? Non: une consigne venue d'en-haut (!) défendait aux résidents de la rue de rentrer en voiture à leur domicile mais permettait aux Hassidims d'emprunter la même rue avec leur véhicule !!

Mariclaude Ouimet a dit…

J'ai assisté au conseil d'arrondissement lundi soir (comme à tous les premiers lundis du mois)et une fois de plus, la mairesse nous a offert un magnifique spectacle digne de sa personnalité !

Soirée toute en nuances, faite largement d'ombre et de très peu de lumière (tamisée au maximum), dans le but de nous laisser entre le doute et l'espoir !

Les absents ont tort de ne pas venir admirer le ballet acrobatique continuel de Madame Cinq-Mars lors de la période
de questions ! Le déplacement en vaut largement la peine d'autant plus que cette performance exceptionnelle est gratuite !

ATTENTION: l'accoutumance aux réunions du conseil peut créer une dépendance et dans mon cas, je l'avoue, une certaine jouissance !

Ceci dit, M.Lacerte, vous avez posé une question précise (comme tous les intervenants)et vous avez reçue une réponse nébuleuse (comme tous les intervenants).

En 2000, la conseillère Cinq-Mars appuyait une résolution qui abolissait l'article d'un règlement municipal qui autorisait la levée d'interdit de stationnement lors des fêtes religieuses.

En 2010, la mairesse Cinq-Mars veut consentir à la possibilité de lever cet interdit lors d'événements ou de fêtes !!!!!!

Vous avez simplement demandé à la mairesse pourquoi elle avait changé son fusil d'épaule entre 2000 et 2010 ! Aucune réponse transparente (et Dieu sait qu'elle a prononcé ce mot au moins 10 fois dans la pseudo-réponse qu'elle vous a accordé) ne vous as été donné !

J'invite cordialement tous vos lecteurs à la prochaine séance du conseil. Il ne faut pas oublier que nous avons un ''chien de garde efficace '' au sein du conseil qui a fait ses preuves depuis 1 an: Céline Forget, conseillère indépendante du district Joseph-Beaubien.

Jean-Marc Corbeil a dit…

Madame Ouimet vos commentaires sont d'un humour incomparable. Vous complétez avec justesse les propos de monsieur Lacerte dont les billets sont pétris de vérité.

Mariclaude Ouimet a dit…

Juillet 2003 : le jugement de la cour municipale de Montréal stipulait que ‘’ (…) pour respecter les obligations concernant l’interdiction de conduire un véhicule le jour du sabbat et pendant les fêtes religieuses, le citoyen de religion juive orthodoxe (…) doit prendre les moyens et les mesures pour s’assurer qu’il puisse le faire sans commettre d’infraction à la loi. ‘’

L'achat d'une voiture ne relève d'aucune obligation religieuse mais bien d'un choix personnel. Lorsqu'un Hassidim prend possession des clés de sa nouvelle voiture, il connaît à l'avance le nombre exact de jours pendant lesquels il ne pourra pas l'utiliser. C'est à lui seul que revient le devoir de gérer son interdit religieux, certainement pas à la société.

M. Michael Rosenberg, membre de la communauté hassidique, est propriétaire de 2 stationnements privés, pratiquement toujours vides: quelques 140 places qui ne demandent qu'à être utilisées pendant les fêtes religieuses !! Il y a aussi les stationnements publics de la ville !

Cette solution, simple et logique, qui implique la coopération des Hassidims, Cinq-Mars n'en a jamais discuté avec eux! Manque de discernement ou accommodement électoral ?