dimanche 19 mars 2017

LE MULTIRÉCIDIVISTE


Depuis que le conseil d’arrondissement d’Outremont a annoncé, en janvier 2015, son intention d’entreprendre une réflexion sur la pertinence de permettre l’établissement de nouveaux lieux de culte sur l’avenue Bernard, rumeurs et désinformation se sont propagées à qui mieux mieux.

Tant avant qu’après la tenue du référendum du 19 novembre 2016, des médias réputés sérieux ont fait concurrence aux réseaux sociaux pour propager des nouvelles inexactes, quand elles n’étaient pas carrément fausses.

Je pense, par exemple, à ce reportage de Radio-Canada dans lequel on affirmait, au lendemain du vote référendaire, que «le résultat [du référendum] bloque un projet de synagogue… pour lequel un permis avait été accordé». La tendance étant aux faits dits alternatifs, la société d’État ne voulait peut-être pas être en reste.

Contrairement à ce que racontait Radio-Canada, l’arrondissement d’Outremont n’a jamais bloqué le projet de synagogue pour lequel il avait donné son aval.

Fort de ce permis émis par Outremont le 19 juin 2015, Michael Rosenberg, le propriétaire de l’immeuble a obtenu (et conservé) le droit de transformer en lieu de culte le sous-sol et le rez-de-chaussée (1636 pi2 si on se fie à ses dires) qu’occupait l’ancien club Passeport Vidéo, au 594 Champagneur. Le19 octobre 2015, l’arrondissement lui a même octroyé un permis de construction (no C-43489) pour I' exécution de travaux dans l’enceinte du futur lieu de culte.

C’est sans parler de cet autre permis qu’Outremont lui avait déjà délivré le 25 mai 2015 pour l’édification d’un bain rituel purificateur (mikveh) qui occuperait l’espace du restaurant Poulet fusée, au coin de Bernard et Champagneur.

Michael Rosenberg, le PDG de la multinationale Rosdev, poursuit la Ville pour qu'on lui permette de pratiquement quintupler la superficie de la synagogue de l'avenue Bernard pour laquelle il avait demandé et obtenu un permis au printemps 2015.
 
Cliquer ICI pour voir la nouvelle mise à jour de son reluisant dossier. 

Hélas! En avril 2016, soit près d’un an après la délivrance du permis pour l’aménagement du lieu de culte et plus d’un mois après que le conseil d'arrondissement eut adopté une première version d’un règlement visant à supprimer l'usage communautaire sur l’avenue Bernard, Rosenberg se ravise.

Du jour au lendemain, il réclame un agrandissement supplémentaire de 6087 pi2 pour sa synagogue. C’est près de cinq fois la superficie qu’il avait demandée et obtenue au printemps 2015.

En vert, sur la façade de l'immeuble donnant sur la rue Champagneur, les espaces accordés en mai et juin 2015 par l'arrondissement d'Outremont pour accueillir la synagogue et le mikveh. En rouge,  les espaces contestés pour l'agrandissement de la synagogue que le promoteur hassidique a demandé près d'un an plus tard.
 
 

 
En vert, sur la façade de l'immeuble donnant sur l'avenue Bernard, l'espace accordé pour le bain rituel. En rouge, les espaces contestés pour l'agrandissement de la synagogue.
 
Ce n’est pas par hasard que Rosenberg a fait sa demande d’agrandissement le 4 avril 2016. C’était tout juste quelques heures avant que ne soit déposé à la séance du conseil l’avis de motion destiné à l’adoption du nouveau règlement sur les lieux de culte. En agissant ainsi, le promoteur a manifestement cherché à prendre de vitesse la Ville qui avait entamé depuis belle lurette le processus de révision du règlement de zonage.

À peine avait-il déposé sa troisième demande de permis que le grand spécialiste des entourloupettes violait vraisemblablement les termes des permis qu’il avait obtenus, en plus d’entreprendre des travaux dans la partie de l’immeuble pour lesquels il n’avait même pas de permis.

Dès avril 2016 et pendant des mois, il semble que des «jobbeurs» (la Commission de la construction du Québec a pris ce dossier en main) aient été engagés pour faire des travaux de démolition dont certains n’auraient pas été autorisés.

Les anciens bureaux du groupe Sutton ont été complètement dégarnis sans permis. Photo tirée d'un reportage de TVA

Ainsi, outre le fait que les ouvriers ont utilisé de la machinerie au diésel sans aération adéquate et entrepris d’enlever des matériaux contenant de l’amiante sans respecter aucune norme de sécurité, le local qui abritait les bureaux du courtier immobilier Sutton a été complètement dégarni en toute illégalité, le 3e permis n’ayant pas été accordé. Les gicleurs ont été rendus inopérants sans même qu’une protection antifeu adéquate ait été mise en place pour protéger les appartements qui se trouvent aux étages supérieurs. 

L'été dernier, pendant plus d’un mois et demi, alors que l’immeuble était habité, le système d’alarme de l’édifice a été débranché. Au rez-de-chaussée, des dalles de béton auraient été enlevées sans autorisation, causant apparemment un affaiblissement de la structure de l’immeuble. 

C'est du côté sud-est de l'immeuble que la structure semble avoir le plus souffert des travaux effectués sans autorisation. Photo tirée d'un reportage de TVA

C’est le 21 décembre 2016, le jour même où les inspecteurs de l’arrondissement ont officiellement ordonné la fermeture du chantier délinquant, que Rosenberg a déposé une poursuite contre la Ville de Montréal pour la forcer à lui délivrer ce troisième permis de construction que l’arrondissement ne lui a pas accordé. Si ce n'est pas la preuve que Radio-Canada avait tort de prétendre qu’Outremont bloquait un projet pour lequel un permis avait été délivré, je ne sais pas ce que c'est.

Il sera fort intéressant de voir de quel côté penchera la Cour supérieure. Mais même si un jugement devait lui être favorable, Rosenberg ne pouvait, entre temps, exécuter les travaux pour lesquels il est sans permis. 

Pas barré à 40, le président de la multinationale Rosdev a pourtant choisi de défier les règlements et tenté d’imposer sa loi. Le 26 décembre 2016, soit cinq jours après que son chantier ait été formellement fermé par les inspecteurs, Rosenberg a fait reprendre les travaux comme si de rien était.

Ce jour-là, les pompiers sont appelés sur le chantier et ordonnent aux ouvriers de quitter les lieux. Ces derniers obtempèrent, mais selon les locataires, dès le lendemain (27 décembre) les «jobbeurs» s’activaient de plus belle.

Peu de temps après que les inspecteurs aient ordonné la cessation des travaux, l'affichette a été enlevée et les «jobbeurs» ont réinvesti le chantier comme si de rien n'était.

Cette façon de faire de Michael Rosenberg est tout à fait conforme à son habitude. Le potentat avait agi exactement de la même façon durant les années de travaux illégaux qu’il avait entrepris à sa synagogue du 5253 Hutchison, entre 2003 et 2009. Cliquer ICI pour prendre connaissance d'une petite partie du dossier Rosenberg. Vous verrez que la similitude dans sa façon d'opérer est frappante.

Pour le dossier complet du multirécidiviste, cliquer ICI

À plusieurs reprises, entre 2003 et 2009, Rosenberg a contrevenu aux avis de fermeture de chantier de sa synagogue du 5253 Hutchison.

À l'époque (comme aujourd'hui!), se croyant tout permis, lui et ses hommes avaient joué au chat et à la souris avec les autorités, défié les ordonnances de fermetures de chantier, en plus de recourir à des «jobbeurs» à qui il a fait exécuter des travaux sans détenir de permis. Il profitait allègrement du temps des fêtes de Noël, période pendant laquelle les inspecteurs et l’administration municipale sont en congé. 

Il aura fallu la diffusion par TVA d'un reportage sur ce qui ne tournait pas rond sur le chantier pour que Michael Rosenberg consente enfin à rencontrer les locataires de l’immeuble alors que ces derniers demandaient une telle rencontre depuis des mois. Rosenberg leur aurait laissé entendre que tout se passait normalement et qu'il n'y avait pas de quoi s'inquiéter.
Vue aérienne de l'immeuble pour l'évaluation approximative des superficies.

À qui lui demande, lors de cette réunion, ce qu’il adviendra des bureaux du groupe Sutton, le promoteur raconte que cet espace ne sera pas transformé en synagogue, mais en salles de réunions commerciales. 

Pourtant, dans la poursuite qu’il avait déposée deux mois plus tôt, le PDG de Rosdev réclame bel et bien 6087 pi2 supplémentaires aux 1636 pi2 qu'il a déjà pour sa synagogue. Et ce serait sans parler de la superficie dont il dispose pour son local de bain rituel que nous évaluons à environ 900 pi2 (on refuse de nous dévoiler ses dimensions). Tout compte fait, on arriverait à au moins 8 600 pi2 d'espace réservé uniquement à des activités religieuses. 

Quand on sait que les deux premiers étages de l'immeuble représentent autour de 9 000 pi2, on est en droit de se demander s'il restera encore de l’espace pour y installer ne serait-ce qu'un comptoir de crème glacée grand comme un confessionnal au rez-de-chaussée de cet édifice qui se trouve au cœur du centre récréo-culturel d’Outremont.

Dire que le 18 novembre 2015, Michael Rosenberg avait réuni une vingtaine de commerçants de l’avenue Bernard au restaurant La Muse pour leur dire que pas plus de 30 ou 40 de ses coreligionnaires viendraient y faire leurs ablutions le matin. Le promoteur hassidique leur avait même garanti qu’aucune femme ne serait autorisée à utiliser le bain rituel.

Fiou ! Que des hommes! Voilà enfin une bonne nouvelle pour les commerçants.

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