mercredi 2 novembre 2016

LA ROUTE DU GOLGOTHA



Je ne vous l’avais pas dit? À la suite de la parution de la chronique bâclée de Lysiane Gagnon, le 4 octobre dernier, j’ai déposé une plainte auprès du Conseil de presse du Québec. J’estime que son papier qui traitait, entre autres, du référendum sur l’interdiction de nouveaux lieux de culte sur l’avenue Bernard était truffé d'inexactitudes, de faits erronés, d'allégations infondées et de faussetés qui sont de nature à désinformer le public et à tromper les électeurs à quelques semaines à peine du vote référendaire (cliquer ICI pour plus d'information sur le référendum). 

Puisque le vote se tiendra le 13 novembre 2016 (par anticipation) et le 20 novembre 2016 (jour du scrutin), il est peu probable que le Conseil de presse rende sa décision avant la tenue du vote. Qu'importe. Je ne pouvais pas laisser passer cette grossière négligence journalistique sans réagir. D’ailleurs, à la suite de ma plainte, j’ai expédié à La Presse un texte pour répliquer à la chroniqueuse. Serez-vous surpris d’apprendre que le quotidien n’a pas cru bon de le publier? 

Ça ne nous empêchera certainement pas, aujourd’hui, de battre en brèche une autre idée reçue que la journaliste colporte comme une vulgaire courroie de transmission, sans même prendre la peine de se poser les questions les plus élémentaires.

Chaque fois que les leaders hassidiques décident d’implanter un nouveau lieu de culte, ils invoquent les incroyables contraintes religieuses auxquelles leurs fidèles sont soumis.

Combien de fois nous ont-ils seriné que le dieu d’Abraham ne peut pas blairer les fourgonnettes durant les jours sacrés? Qu’ils n’ont d’autre choix que d’établir leurs lieux de culte à distance de marche de leur domicile? Si j’étais à leur place, je m’estimerais chanceux que la Torah n’exige pas qu’ils s’y rendent à genoux comme les disciples du Frère André qui fréquentaient l’Oratoire Saint-Joseph! 

En fait, la seule raison pour laquelle les bonzes ultraorthodoxes ressassent ce faux argument de la proximité, c’est qu’ils voudraient pouvoir bivouaquer où bon leur semble, comme dans le bon vieux temps.

Si nous déroulions une carte de Montréal, même Lysiane Gagnon pourrait comprendre que le prétexte de la distance de marche est tout à fait spécieux et abusif.

Facile à prouver. Avec ses 3,84 km2, Outremont constitue le plus petit des 19 arrondissements de la métropole. Il est deux fois moins grand que Le Plateau et près de six fois moins étendu que Rosemont.


Et ce n’est pas tout. La très grande majorité des familles hassidiques d'Outremont se trouve regroupée sur une bande de 500 m de large (entre les rues Hutchison et Outremont) par 1,3 km de long (entre Laurier et Van Horne). Calculez cela comme vous voulez, ça donne à peine 0,65 km2. Aussi bien dire un mouchoir de poche!

Et on veut nous faire croire que le règlement de zonage qui souhaite interdire les nouveaux lieux de culte sur l’avenue Bernard rendra physiquement impossible aux hassidim, aux témoins de Jéhovah, aux adventistes du septième jour, aux évangélistes, aux mormons, aux catholiques et aux raëliens de ce petit monde de pratiquer leur foi!

Je ne sais pas pour vous, mais quand j’étais au primaire, j'allais à l’école à pied. Vous me direz que ce n’est pas la mort d’un enfant de dix ans de se taper 1,8 km (1,1 mille, à l'époque) pour aller en classe. Non seulement je vous le concède, mais j’ajouterais que c’était un pet! À tel point, d'ailleurs, que je retournais manger à la maison tous les midis. J’avalais 7,8 km de trottoir par jour, cinq jours par semaine, 44 semaines par an. En tout, 1716 km, aussi bien en janvier qu’en juin. C’était plus que trois fois Montréal-Québec, aller-retour!

Je voudrais bien connaître ce qu’ils considèrent être une distance de marche raisonnable. Est-ce 500 m? 600 m? 700 m? 1000 m? 2000 m?

Cliquer sur la carte ci-contre pour l'agrandir

Faut-il qu’un poupon soit en mesure de s’y rendre à quatre pattes? Qu’un patriarche chevrotant y arrive sans avoir l’impression d’avoir escaladé le Golgotha? Saint mont du Calvaire! À ce compte-là, un grabataire pourra exiger d’avoir sa synagogue dans sa chambre!

Lorsque le conseil d’arrondissement avait proposé d’ouvrir une nouvelle zone (appelée C-6) pour permettre l’implantation de lieux de culte sur l’avenue Durocher, juste au nord de Van Horne, Mindy Pollak, la conseillère de Projet Montréal, et les ténors hassidiques ont refusé net.


Pensez donc! C’était bien trop loin! C’est ce qu’ils ont répété à Lysiane Gagnon qui nous l’a refilé comme parole d’évangile.

Mais est-ce vraiment le cas? Calcul fait, à peine 790 m séparent la future synagogue de la rue Bernard de cette zone C-6 sur laquelle les ultraorthodoxes ont relevé le nez (voir la carte ci-contre).

Est-ce raisonnable de demander à des gens de marcher 790 m pour sauver leurs âmes? La meilleure façon de le savoir serait de se fixer un barème à partir d'un cas réel. Ça tombe bien, car j'ai le gars qu'il faut. Mon bon ami Michael Rosenberg est l'étalon de mesure par excellence pour faire ce test d'endurance. 

Voyez donc. Chaque jour de sabbat, chaque jour de fête, le plus important mécène de la communauté hassidique montréalaise quitte son domicile de la rue Outremont pour se rendre jusqu’à sa synagogue du 5363 Hutchison.

Depuis des lustres, Michael se farcit pas moins de 915 m à pied (voir l'illustration ci-contre) pour aller faire ses ablutions à la synagogue Belz fondée par son paternel. Encore aujourd’hui, à 62 ans, ce bon Québécois né le jour de la Saint-Jean Baptiste se tape allègrement le trajet aller-retour (1,8 km) sans se plaindre de devoir laisser sa grosse berline dans le driveway. C’est quatre fois moins que ce que je devais faire quotidiennement pour aller à l’école. Jusqu'à il n'y a pas si longtemps, même son père David, le fondateur du Groupe Rosdev, usait ses semelles pour aller s'y recueillir.


Beau temps, mauvais temps, rien n'arrêtait Michael Rosenberg  et le patriarche David de se rendre à pied à la synagogue du 5253 Hutchison que Mindy Pollak et Projet Montréal se gardent bien d'inclure dans la banque des lieux de culte hassidiques d'Outremont. Père comme fils habitent pourtant l'arrondissement de Marie Cinq-Mars.

Que diable faudra-t-il de plus pour que les Lysiane Gagnon de ce monde arrêtent de nous casser les pieds avec ces histoires de podomètres divins qui ne tiennent pas la route?
 

1 commentaire:

Michel Vaïs a dit…

Pierre Lacerte, j'adore vos arguments infaillibles, votre logique irréfutable, votre style époustouflant, je vous lis toujours avec délices, intérêt, joie, vos articles délicieux me régalent, me convainquent aisément, me stupéfient par leur clarté. Vous êtes un précieux artisan de l'intelligence et de la perspicacité dans Outremont. Merci, merci de la part d'un juif «normal», comme disait mon amie Céline Forget, conseillère municipale indépendante d'Outremont à qui les Hassidiques en ont aussi fait baver pendant des années. J'espère vous voir continuer looooongtemps votre bon travail de vigilance !