mercredi 24 août 2016

DEUX POIDS, DIEU MESURE!



«Tout le monde mérite une chance égale d’écrire son avenir». C’est le message que diffusait dans Le Devoir de samedi, la Centrale des syndicats du Québec à l’occasion de la rentrée scolaire.

Tous ne semblent, hélas! pas de cet avis. Le 19 août, M. Pierre Anctil lançait un cri d’alarme dans le quotidien Le Devoir. Si la société québécoise ne se ressaisit pas dans le dossier des écoles hassidiques, il soutient que des centaines d’enfants, leurs parents et leurs communautés seront les victimes d’abus intolérables.

Le 8 novembre 2010, Pierre Anctil racontait à l'Université Laval que «l'étude du talmud [par les garçons hassidiques], ce n'est pas très bon pour trouver un l'emploi».




L’amicus curiae des intégristes ultraorthodoxes brandit la Charte québécoise des droits et libertés pour nier à l’État le droit de dire son mot dans le cursus scolaire des enfants alors qu’ils sont à l’intérieur des murs de leurs établissements d’enseignement.

Le professeur sait fort bien que l’État et la société québécoise ne s’objectent aucunement à ce que des groupes minoritaires transmettent leur langue, leur religion et leur culture à leur progéniture. Ce qui est vraiment intolérable, c’est que cette transmission se fasse au détriment du droit à l’éducation que cette même Charte québécoise garantit en toutes lettres.


Le relationniste ne relève que les passages de la Charte qui conviennent à son discours. L’article 42 spécifie bien que les parents «ont le droit de choisir pour leurs enfants des établissements d’enseignement privés pourvu que ces établissements se conforment aux normes prescrites ou approuvées en vertu de la loi».


Il s’avère qu’en matière d’éducation, bien que ces écoles religieuses se nourrissent de généreuses subventions gouvernementales, elles n’ont jamais respecté le régime pédagogique prévu dans la loi sur l’instruction publique.


2015-04-28: Dans la même école illégale du 6355 avenue du Parc, on retrouve des enfants de trois ou quatre ans jusqu'à de jeunes adolescents

Quand, du matin au soir, six jours sur sept, des enfants sont forcés d’étudier presque exclusivement les textes fondateurs du judaïsme, nous sommes confrontés à une gigantesque entorse à l’esprit de la loi.

D’ailleurs,
 Pierre Anctil avait déjà fort bien illustré l’ampleur du problème. Dans une autre lettre ouverte au Devoir, il rappelait que si ces institutions ne respectaient pas les exigences du ministère, c’était que leur programme religieux était tellement exigeant que les enfants devaient y consacrer de nombreuses heures chaque jour. 

Et c’est ce même pédagogue qui nous raconte aujourd’hui que la voie de l’enseignement à la maison mérite d’être valorisée? Qu’il nous dise quand les enfants en trouveront le temps. Le soir, après une journée harassante? Guidés par leurs parents qui ont fréquenté les mêmes écoles talmudiques un quart de siècle plus tôt?

Pour respecter l’essence de la loi, il faudrait au contraire que l’école offre les matières «séculières» durant le jour et que les parents prennent tout le temps qu’ils veulent à la maison pour leur inculquer leurs valeurs cultuelles. N’est-ce pas la discipline qu’ils maîtrisent le mieux?

En dépit du fait que le DPJ ait dû recourir à l’assistance des forces policières pour avoir accès aux enfants et qu’aucun acquis éducationnel n’a été évalué, l’anthropologue yiddishophile est persuadé que la vie, le développement affectif et intellectuel des jeunes ne sont aucunement menacés.


Une des policières appelée en renfort par le DPJ pour soutenir l'intervention de l'organisme chargé de veiller au bien-être des enfants du Québec.

Faut-il donc trancher le bras d’une adepte ou pratiquer une circoncision fatale comme l’avait fait Moïse Thériault en Gaspésie pour que l’on se préoccupe du sort des enfants du Québec?

En juin 2014, pourtant, la situation des écoles hassidiques illégales était si préoccupante que la ministre responsable de la Protection de la jeunesse, Lucie Charlebois, avait assimilé la fréquentation de ces écoles à de la maltraitance ou à de la négligence pouvant y conduire. À la même époque, Camil Bouchard, ancien professeur au Département de psychologie de l’UQAM, rappelait que ces enfants sont tout simplement « piégés dans une communauté et ne peuvent espérer jouer un rôle de citoyens responsables ».

Dans Le phénomène des sectes, un ouvrage publié par le Centre de documentation et de consultation sur la pensée sectaire, on fournit certaines caractéristiques permettant d’identifier des groupes pouvant être dommageables pour l’intégrité physique et psychologique des membres.

Le zèle et la confiance absolue que les membres peuvent porter au leader, la nécessité de recourir au leader avant de prendre plusieurs décisions de la vie, l’obligation de socialiser et/ou vivre seulement avec les autres membres du groupe, les interdits sur ce que le membre peut lire, peut écouter ou voir, la possibilité de se marier librement dans le groupe, l’autorisation pour les enfants de jouer avec des enfants non membres font partie des signes à surveiller.


Menahem Mendel Schneerson, leader spirituel du judaïsme mondial. Une rumeur diffusée de son vivant voulait qu'il fût le Messie potentiel attendu par les juifs.

Pierre Anctil aborde avec romantisme la tradition hassidique. Mais en décrivant ces ouailles qui suivent les enseignements d’un certain nombre de maîtres qui tracent la voie exigeante à suivre, le docte professeur finit, malgré lui, par nous dépeindre les contours sectaires des groupes pour lesquels il monte au créneau. Cette façon dont un maître applique d'une manière particulière certains préceptes du judaïsme est justement une des balises que le professeur d’Ottawa utilise pour établir si un groupe constitue une secte.

Expressions extatiques d'un groupe de fidèles, lors du mariage du petit-fils d'un grand rabbin

En attendant de voir où mènera cette solution miracle de l’école à la maison, rassurons M. Anctil pour qui nos policiers appuyant un organisme de protection des enfants évoquent des «régimes totalitaires encore vivement présents dans la mémoire». Aucune chemise brune ne viendra mettre la clé dans la porte des écoles religieuses. Cela dit, si la lutte contre l’intégrisme n’est pas qu’un vain mot dans la bouche du gouvernement Couillard, il fermera le robinet des subventions aux écoles communautaristes qui déboulonnent le système d’éducation que nous avons si patiemment et si démocratiquement édifié. 
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P.s.: Le lendemain de la publication de ma réplique à Pierre Anctil, Frédéric Bastien*, professeur d'histoire au collège Dawson  publiait à son tour un article dévastateur à l'endroit de son collègue Anctil, dont il dénonce la mauvaise foi renversante et les raisonnements farfelus.

* Frédéric Bastien est, entre autres, l'auteur du livre choc La bataille de Londres dans lequel il raconte les dessous du rapatriement de la constitution de 1982 qu'il a qualifié de «coup d'état».

2 commentaires:

Colin Royle a dit…

M. Lacerte,

Dans le titre de l’article de Pierre Anctil «Luttons contre les préjugés envers les Hassidims», le mot «préjugé» (lourd de sens) détourne très injustement l’attention de la vraie nature du problème des écoles hassidiques, soit que ces écoles, subventionnées par des fonds publics, doivent respecter les exigences et les normes du ministère de l’éducation de Québec; ce qui, manifestement, ne se fait pas depuis des années.

Vous avez très bien résumé plusieurs des points importants qui contribuent aux frictions qui existent entre les Hassidims et la communauté avec laquelle ils cohabitent.

Merci,
Colin Royle
Outremont

Jean Dejulio-Paquin a dit…

L'éducation fait partie du droit des enfants. Il est quand même inconcevable qu'un universitaire, Pierre Anctil et des politiciens qui nous gouvernent semblent nier ce droit. Avec ce type de discours, nous voguons tout droit à une dérive sociétale.