mercredi 15 juin 2016

LA DÉCRÉPITUDE ANNONCÉE



Sur le Plateau, au cas où vous ne le sauriez pas, on est à cheval sur la propreté, l’écologie et le patrimoine bâti. Là-bas, on prône la qualité de vie, avec un grand Q!

Comment oublier le conseiller Alex Norris qui avait pété un plomb contre un franchisé de A&W. Le pauvre avait eu le malheur de placer une pellicule orange pour couvrir ses vitrines pendant les rénovations. 

Norris avait aussi voulu s’en prendre aux panneaux publicitaires juchés sur les toits, mais finalement, le Plateaupithèque élu s’était plutôt contenté de réduire la pollution visuelle en «nettoyant» illégalement la vitrine d’un commerçant de pianos durant la nuit.

Ils n’y vont vraiment pas de main morte. Le 20 mai dernier, par exemple, un citoyen est tombé sur une affichette en carton mousse qui faisait le pied de grue près du coin Saint-Hubert et Rachel. Le message en forme de flèche était cinglant à souhait. Il pointait les sacs de poubelles qu’un résident avait déposés sur le trottoir en dehors des heures réglementaires.


Comme si le résident fautif et les élus avaient élevé les cochons ensemble, l’affiche marquée du logo de Montréal utilisait le tutoiement : «TES VIDANGES ME DÉRANGENT». C’est vrai que pour remettre à sa place un résident malpropre, les gants blancs sont probablement contre-indiqués. Mais, à bien y repenser, si ça donne l'effet escompté, pourquoi pas?

Le message choc au coin de Saint-Hubert et Rachel avec, en fins caractères, le slogan «La propreté, une question de fierté»

C'est dommage, toutefois, que Projet Montréal qui a pourtant fait élire une conseillère dans Outremont et qui convoite l'ensemble de l'arrondissement n'ait pas inculqué à Mindy Pollak les valeurs écologiques et urbanistiques qui sont apparemment si chères au parti. Pollak ne semble éprouver aucune sensibilité à l'égard du patrimoine bâti de son district.

Quatre cocottes de pin sur le rebord d'une fenêtre, voilà qui semble satisfaire Mindy Pollak en matière de patrimoine bâti.

Il suffit d'arpenter certaines rues résidentielles du district (on ne parle même pas des ruelles!) pour constater la décrépitude de plusieurs propriétés et la négligence crasse dont font preuve certains propriétaires. 

Nous ne sommes pas les seuls à l'avoir observé. Même Chabad Mile-End, la très agissante organisation hassidique qui remue ciel et terre depuis son quartier général de l'avenue du Parc, concède que plusieurs maisons cossues d'Outremont tombent en ruines (crumbling townhouses). 


Ce que l'organisation ultraorthodoxe se garde bien de dire, c'est qu'un grand nombre de ces résidences déglinguées et terriblement négligées appartiennent (ou sont habitées) par des membres de la communauté hassidique.

Comment est-il Dieu possible que les propriétaires de ces demeures à l'architecture exceptionnelle ne semblent entretenir le moindre intérêt pour ces joyaux du siècle dernier qui constituent pourtant leur propre patrimoine? Il y a là vraiment de quoi se morfondre. Si tout ce beau monde n'a aucune fierté, peut-être pourrait-il, comme l'a déjà dit Alex Norris, se montrer «plus respectueux de ses [con]citoyens et de notre architecture patrimoniale»?


Remarquez que du côté d'Outremont, le Service de l'aménagement urbain et du patrimoine ne peut pas davantage se péter les bretelles. En juin 2015, l'arrondissement publiait un document encensoir dans lequel on soutenait que la mission du service d'aménagement était d'assurer l'intégrité des bâtiments!



  
Pensez donc! Faudra-t-il les amener en les tirant par les oreilles pour qu'ils découvrent que la déliquescence du parc immobilier de certaines zones de l'arrondissement compromet depuis longtemps «l'intégrité du quartier»?

Peut-être devrait-on suggérer aux responsables du dossier patrimonial de s'inspirer de la méthode stigmatisante utilisée par le Plateau pour venir à bout du problème des ordures sur la voie publique? Imaginez l'effet bœuf que cela pourrait avoir sur les traineux et les procrastinateurs de première.


Ce balcon du 2e étage de l'avenue de L'Épée est pourri depuis des années. Les inspecteurs attendent qu'il tombe avant de réagir



À côté de cet immeuble de l'avenue Durocher, des ruines grecques sembleraient saines. La façade est une honte et la brique de la cour arrière n'attend plus que ses occupants passent pour les aplatir. 

Parions que les propriétaires de ces deux immeubles de la rue Hutchison attendent que ces colonnes du siècle dernier s'effondrent pour les remplacer par du plastique et de l'aluminium. Le Service de l'aménagement urbain d'Outremont peut bien faire des sparages avec son souci de l'intégrité patrimoniale et du quartier!


 
Avec une façade repoussante comme celle-ci, sur Durocher, à quoi bon avoir une caméra de surveillance?


Une autre grande maison unifamiliale dont l'ancienne galerie fout le camp sur l'avenue de L'Épée.
 
On ne viendra pas nous dire que c'est en raison de coûts de rénovation prohibitifs que les propriétaires de cet immeuble de l'avenue Durocher laissent pendre des lambeaux de tapis en façade. On se croirait à Détroit! Quant à son voisin, elle est où la «préservation de l'harmonie du quartier» avec ces colonnes et ces balcons défigurés à jamais?
 
  
Encore une abomination sur l'avenue Durocher! Non seulement tout s'en va à vau-l'eau, mais la vieille balustrade semble avoir été conçue avec des  bouts de bois réchappé d'une clôture de piscine hors-terre de banlieue. Peut-on impunément utiliser du bois grossièrement traité en façade de nos résidences pour remplacer les belles galeries qui faisaient l'orgueil d'Outremont?


Ragoûtant, n'est-ce pas? Ça donne envie de s'asseoir sur ce balcon de la rue Hutchison et de profiter de la vie et de la vue.
   
Bien sûr, personne n'exige que votre petit nid d'amour soit un modèle de maison en pain d'épices digne d'un musée ou des couvertures de magazines d'architecture ou de design, mais entre celles-ci et les horreurs que vous avez été forcés de voir plus haut, il doit bien y avoir un juste milieu, non?

Pour terminer, deux choses. 

À moins que tout ce beau monde soit sur l’assistance sociale ou sans emplois (ce que les ultraorthodoxes nient avec véhémence lorsqu'on avance qu'une bonne proportion des hommes de ces communautés sectaires passent le plus clair de leur temps à prier), comment expliquer tant de laisser-aller, d'abandon et de négligence? 

Des locataires, forcés de quitter le triplex qu'ils occupaient sur la rue Hutchison à la suite de la vente de la propriété à un rabbin hassidique, ont peut-être mis le doigt sur un début d'explication.

Le rabbin en question qui, selon ces locataires, aurait acheté l'immeuble en versant 960 000 $ comptants (!) n'y a pas élu domicile. Il y aurait plutôt installé trois familles de sa communauté. Trois familles nombreuses qui n'auraient vraisemblablement jamais eu elles-mêmes les moyens de s'offrir un tel immeuble et qui, trop heureuses d'avoir un toit, ont probablement accepté d'y vivre sans exiger de leur bienfaiteur qu'il entreprenne des rénovations pourtant plus que nécessaire. Avec les conséquences que nous constatons tous les jours.

Par ailleurs, depuis des années, des gens qui s'offusquent d'entendre des citoyens dénoncer la malpropreté et le délabrement de leur entourage ont eu tendance à vouloir leur chercher des poux. Certains journalistes, même, ont tenté de débusquer des riverains qui seraient «frustrés de voir leur gros investissement immobilier d'Outremont fondre comme neige à cause d'encombrants voisins juifs». 

Même s'il est clair que la source du mécontentement ambiant n'a pas été déclenchée par de «bas intérêts financiers», qu'y aurait-il de si épouvantable si, d'aventure, cela devait être une raison supplémentaire pour expliquer la grogne? 

Est-ce une maladie honteuse que de craindre pour la valeur de sa propriété? A-t-on vilipendé les résidents des abords de l'ancienne carrière Miron lorsqu'ils se sont objectés au projet d'usine de compostage au futur parc Saint-Michel? N'avaient-ils pas le droit tout légitime de craindre pour leur petit bas de laine sans se faire traiter de vulgaires pingres matérialistes? Blâme-t-on les résidents qui s'opposent à ce que qu'une éolienne, un puits de gaz de schiste ou un pipeline s'installent dans leur cour? C'est quoi ces reproches de vieux judéo-chrétiens?

Vous avez vu à quoi ressemblent certaines maisons du quartier et la dégradation qui gagne du terrain. Vous accepteriez cela de bonne grâce, vous? Vraiment? Que ceux qui seraient prêts à acheter à proximité de ces taudis lèvent la main. On va leur trouver des citoyens prêts à leur vendre demain matin.

3 commentaires:

Mariclaude Ouimet a dit…

Promesse électorale 2009 de la mairesse Cinq-Mars : préserver notre patrimoine bâti. M. Chapuis (directeur du service de l’aménagement urbain et du patrimoine a travaillé pour Outremont quelques 20 ans), qui a pris sa retraite en janvier 2016 affirmait que l’arrondissement possède des particularités qu’il faut conserver à tout prix : l’homogénéité de ses bâtiments, la sophistication de ses galeries, l’ornementation des fenêtres et les voûtes de verdure.Mais qu'a fait le duo Cinq-Mars/Chapuis cette dernière décennie pour être à la hauteur de leurs belles paroles ?

Que dire de toutes ces façades de résidences centenaires éventrées par des climatiseurs ?? Que dire de notre bureau d'urbanisme qui donne des permis pour convertir des galeries/marches de bois en galerie/marches de béton ? Que dire de toutes ces fenêtres sur rue condamnées par du magnifique '' plywood '' avec climatiseur ?

Le patrimoine architectural d'Outremont, victime du manque d'amour de certains de ses propriétaires et du laxisme des administrations précédentes et présente, se détériore lentement mais sûrement.Malheureusement.


Gilles Bernier a dit…

M. Lacerte,

Outremont a toujours été reconnue pour sa population scolarisée et son leadership intellectuel. Bientôt, tout cela sera du passé et l'ignorance prendra toute la place.

Je dois avant tout vous dire avoir définitivement quitté Outremont en juin 2015 après y avoir vécu la majeure partie de ma vie. Je suis né à Outremont, au 775a de l'Épée, secteur où la Saint-Vincent de Paul distribuait des paniers de victuailles dans le temps des Fêtes, aussi incroyable que cela puisse paraître aux BoBos qui l'ont investi depuis et qui, sans trop le réaliser, sont en train de se faire marginaliser par une secte intégriste et obscurantiste de plus en plus envahissante.

Puis, j’ai habité coin Wiseman et Saint-Viateur, face au boulingrin et au curling. C'était l'Outremont d'avant la CUM, un «dry town» où les flics cessaient de poursuivre les malfaiteurs une fois qu'ils franchissaient la rue Hutchison, où on ne pouvait marcher sur l'herbe des parcs avant l'invasion des yuppies et l'escalade spéculative des années 80.

J'ai fréquenté l'école Lajoie, «l'Université» comme on l'appelait à l’époque. Nous avions bien mauvaise réputation. Au point d'être interdits aux messes du premier vendredi du mois à l'église Sainte-Madeleine ou aux Matinées symphoniques de la Place des Arts. Mais l'Expo 67, les Beaux-Arts et le Cegep m'ont permis de me retrouver. Et sauf pour cinq ans passés sur le Plateau, j'ai donc habité Outremont jusqu'à l'été dernier.

J'ai été témoin de changements qui risquent d'être bientôt irréversibles. Le maire Ferrandez aurait avantage à comprendre le débordement qui se prépare à courte échéance dans son propre arrondissement avec l'anarchie intégriste des hassidim et leurs synagogues, dortoirs, commerces clandestins et écoles illégales qui poussent à gogo dans l'arrondissement. Il réaliserait l'importance et l'urgence d'agir avec autant de zèle qu'il a pu en démontrer pour l'automobile dans le Plateau.

Dès les années 80, on a pu sentir la pression démographique et assister aux premières demandes particulières. Puis ce fût les problèmes de Mme Forget et les vôtres, les autobus et le Pourim, les écoles et les autobus, les entraves au zonage et j'en passe... Cela aurait dû servir de « wake-up call » aux bien-pensants face aux intégristes.

J'ai appris dans une des dernières éditions de l'Express d'Outremont qu'une injonction serait signifiée à la mairie par les leaders de la communauté intégriste, cela par la gracieuseté de mononcle Julius. Ils vont tout essayer. Ils ont un os qu'ils ne sont pas prêts de lâcher.

J'ose espérer que la mairesse Cinq-Mars et ses fidèles conseillers auront de la bonne broche pour attacher leurs tuques. Souhaitons que l’administration de l'arrondissement ne se réfugient pas, comme ils en ont l'habitude, dans la rectitude politique et la peur de se faire taxer d'hassidimophobie!

J'ai longtemps cru qu'il serait possible de vivre en harmonie avec eux comme avec toutes les communautés présentes à Montréal. Mon opinion a changé suite à certains faits dont j’ai été témoin.

Il est illusoire de penser cohabiter avec ces sectes orthodoxes, qui, avec une maîtrise affirmée et une désinvolture époustouflante, réussissent, en abusant des Chartes et par l'exploitation outrancière de la Shoah, à manipuler l'opinion publique pour nous culpabiliser et nous accuser d'intolérance, voire de racisme antisémite alors que la réalité est plutôt le contraire. Nous sommes des goys, des mécréants indignes de toute considération de leur part parce que non choisis de Dieu.

Je reviens occasionnellement dans le coin pour des raisons professionnelles. L'éloignement rend encore plus visible l'énormité de la situation. À voir le nombre de leurs enfants qui courent partout et celui des poussettes qui circulent sur les trottoirs, je n'ai aucune peine à imaginer qui formera la majorité dans 25 ans. Il est très tard.

Patrick Giroux a dit…

C'est tout simplement décourageant.